Aller à la navigation | Aller au contenu

Publije, revue de critique litteraire
(littérature pour la jeunesse et littérature générale)

Le récit pour la jeunesse : transpositions, adaptations et traductions / Dir. P.Eichel-Lojkine

Elisa MARAZZI

Traductions, adaptations et réutilisations des modèles narratifs dans la production de livres pour l’enfance chez la maison d’édition Vallardi à Milan (1880-1920)

Article

Texte intégral

Introduction

1En Italie, pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, les livres pour l’enfance représentent un terrain encore peu exploré par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne et la France, où le conte était un produit autonome, auquel auteurs et éditeurs se consacraient avec passion et avec la certitude d’y gagner beaucoup, vu le succès du récit pour enfants auprès d’un très vaste public1.

2Ce n’est pas le lieu ici pour explorer les raisons du retard italien dans ce domaine, il suffirait de souligner à quel point la production pour l’enfance ne restait accessible qu’au milieu scolaire, dans un contexte souvent moralisant et rhétorique2. Parallèlement à l’évolution de l’importance attribuée à l’enfance dans le milieu bourgeois, ou encore aux concepts pédagogiques3, on assiste à l’évolution d’une littérature enfantine qui se détache progressivement de la production de manuels scolaires, souvent grâce aux exemples éditoriaux d’autres pays : les éditeurs n’hésitaient pas à proposer des grands succès étrangers revisités pour les jeunes lecteurs italiens4. Comme Mariella Colin l’a souligné, grâce à l’influence des modèles étrangers, à partir des années 70 et 80 du XIXe siècle, même en Italie s’affirme une littérature enfantine plutôt récréative que scolaire5. Les livres à but didactique et éducatif – domaine où l’influence française a été très importante – ne se prêtaient pas à être traduits, car ils auraient sans doute perdu leur signification culturelle originaire. En revanche, ils ont été plutôt approchés comme des modèles à imiter. Citons par exemple le cas d’Arnauld Berquin, qui, au début du XIXe siècle, a inspiré beaucoup d’Italiens comme Giuseppe Taverna6, ou encore la célèbre collection « Magasin d’éducation et recréation », créée par Pierre-Jules Hetzel en 18647, imitée par le milanais Paolo Carrara avec sa « Piccola biblioteca popolare di educazione e ricreazione8 » [Petite bibliothèque populaire d’éducation et récréation]. Plus simple se révèle la traduction d’histoires fantastiques ou d’aventure, dans un but plus au moins pédagogique : dans ce cas, les éditeurs pouvaient bénéficier des incertains accords internationaux dus au manque de lois précises en matière de droits d’auteur9. Souvent, les oeuvres originaires n’étaient pas adressées au jeune public. C’est par exemple le cas de certains classiques de la littérature anglophone du XVIIIe siècle, tels que les livres de Defoe et Swift. À force, ils se sont imposés comme une littérature jeune public (il suffit de citer l’exemple de Robinson Crusoe, qui est devenu un classique chez les enfants après une célèbre adaptation en allemand10). Maria Iolanda Palazzolo précise : « Dans un pays qui a su s’adapter très tard aux normes qui protègent la propriété littéraire, c’était tout à fait normal et légitime d’intervenir sur un texte afin de l’adapter aux exigences des certaines catégories des lecteurs, surtout dans le cas de la traduction ; à tel point que les adaptations paraissent comme des “textes orphelins” (parfois l’auteur n’est même pas cité en couverture), c’est ainsi que la paternité peut être attribuée volontiers à l’éditeur11. » D’autres modèles narratifs, qui proviennent de la culture populaire et du conte, seront utilisés par la suite comme exemples à imiter pour la réalisation de livres pour les enfants, car on manquait d’une production originale et innovante qui tardait à paraître, à quelques exceptions près12.

3On peut remarquer ces lignes de conduite auprès des certains éditeurs italiens, et plus spécifiquement milanais. Il s’agit d’opérations rentables, vouées au succès, essentielles pour la survie des éditeurs lombards qui essayaient de continuer à vivre d’une activité entreprise quand le marché était moins sujet à la concurrence13.

4C’était le cas de la maison d’édition milanaise Antonio Vallardi14 : fondée en 1843, elle pouvait afficher une longue tradition familiale dans le domaine de la librairie. La première boutique pour la vente de livres et d’estampes fut inaugurée en 1745 par le grand-père d’Antonio, aidé par ses fils, selon un système typique de l’époque où les métiers du livre se transmettaient de génération en génération15 et qui persiste encore : pendant le XXe siècle, l’enseigne A. Vallardi fut rachetée par un grand groupe éditorial mais quelques descendants d’Antonio continuent aujourd’hui de s’occuper de littérature pour la jeunesse, gérant une petite entreprise qui porte toujours leur nom.

5L’activité d’Antonio Vallardi se concentra initialement sur des thèmes déjà repérés par ses prédécesseurs : l’héraldique, le commerce d’estampes, de livres anciens et de cadres et la production de cartes géographiques. Dans ce secteur s’insère le marché scolaire, initialement peu exploré : la première série des cartes à destination de l’école, dirigée par le professeur E. Sergent Marceau, date du 1872. Les fils d’Antonio Vallardi, Pietro et Giuseppe, commencent à montrer leur savoir-faire dans la production de manuels pédagogiques et en 1876, suite à la mort du père16, y consacrent davantage d’intérêts sans perdre de vue pour autant les thèmes explorés par le fondateur, dont le nom reste présent dans la raison sociale, « Antonio Vallardi editore17 ».

6Avec le propos de former les nouvelles générations, exprimé aussi par la classe dirigeante, l’offre devenait de plus en plus vaste et, parallèlement, on assistait à une véritable innovation technologique, avec l’implantation d’un nouveau siège18 et de filières dans les principales villes italiennes19. C’est une étape fondamentale dans l’histoire de la maison Vallardi : non seulement elle acquit une image plus industrielle, mais le catalogue fut amplifié, avec une partie spécialement conçue pour l’école. Si pendant les années quatre-vingt du XIXe siècle la production de livres scolaires n’était pas encore organisée, les Vallardi s’affirmaient dans une niche de marché encore inexploitée : l’univers du matériel didactique (jeux éducatifs, manuels, abécédaires, et même des meubles pour les salles de classe20). C’est seulement entre le XIXe et le XXe siècle qu’on assiste, parallèlement à une intensification de la production de manuels scolaires, spécialement adressés aux études primaires, à la naissance des lectures éducatives pour la jeunesse et des périodiques didactiques.

7La production pour l’école était soignée dans le détail, comme l’attestent les très rares catalogues anciens encore existants21, mais en les feuilletant on peut remarquer que déjà dans les années quatre-vingt du XIXe siècle, quand l’activité de la maison était encore orientée vers le matériel didactique, produisant un nombre limité de manuels en disciplines spécifiques (essentiellement la géographie et le dessin), les premières éditions pour la jeunesse, séparées du milieu scolaire, commencèrent à paraître22. Dans le catalogue 1884, on retrouve la première collection pour la jeunesse, la « Biblioteca dell’infanzia » [Bibliothèque de l’enfance], destinée à s’agrandir au fil du temps, dans laquelle le conte de fées est très présent. On pourrait citer Cenerentola [Cendrillon], Il gatto stivalato [Le chat botté], Pollicino [Le Petit Poucet], Berrettina rossa [Le Béret rouge], Biancaneve [Blanche-Neige], La bella addormentata nel bosco [La belle au bois dormant], I tre fratelli [Les trois frères], Aladino [Aladin], etc.

8On verra par la suite que ce type de collection représentera le noyau principal des livres pour la jeunesse publiés chez Vallardi. Il faudra attendre jusqu’au début du XXe siècle pour une production de « lectures agréables et éducatives », rédigées par les auteurs qui faisaient désormais partie de l’écurie de la maison où ils se dédiaient à différentes activités (citons les plus connus : Guido Fabiani, Sofia Bisi Albini, Felicita Pozzoli, Anna Vertua Gentile23). Plus tardivement, dans le catalogue des étrennes pour l’année 1910-1911, une nouvelle collection paraît : la « Biblioteca varia » [Bibliothèque mélangée]. En l’analysant, on peut confirmer l’hypothèse que même certains classiques des littératures étrangères furent traduits puis adaptés aux collections pour la jeunesse.

9Si à partir du début du XXe siècle la maison Vallardi continue ses publications pour les enfants avec des récits originaux, écrits par des collaborateurs liés à la maison, auteurs de manuels et rédacteurs de journaux pédagogiques et éducatifs, les cas de traductions et d’adaptations persistent avec un genre nouveau : des récits qui s’inspirent des trames des classiques mais qui racontent de nouvelles histoires (Il Robinson del Tirreno [Le Robinson de la Mer Tyrrhénienne], Il giro del mondo in trenta giorni [Le tour du monde en trente jours] etc.).

10Après avoir évoqué ces prémices, on procèdera à l’analyse des collections et des livres mentionnés (dont on a pu repérer les exemplaires) du point de vue soit de l’aspect (format, illustrations), soit du contenu, pour essayer de comprendre les logiques éditoriales et pédagogiques qui ont conduit à une version spécifique du récit.

11D’emblée, il faut souligner un autre problème : on connaît les difficultés à repérer les livres pour la jeunesse publiés dans le passé, surtout si l’on parle d’éditions plus modestes, quoique plus soignées par rapport aux livres scolaires. Heureusement, en Italie, les études sur le livres pour l’enfance se sont ultérieurement développées. Ainsi, le matériel conservé chez les privés, par exemple le fonds Reggi, stocké au Centre Apice de l’Università degli Studi à Milan, a été valorisé et mis à disposition des chercheurs24.

12De plus, très souvent, ces volumes étaient publiés sous forme anonyme, sans nom du curateur/traducteur, ni nom de l’auteur original (s’il y en avait un), absence qui empêche de repérer un échantillon satisfaisant. On a donc essayé d’éviter à tout prix de prononcer des fausses généralités, visant plutôt à mettre en évidence les éléments de continuité dans le travail de l’éditeur.

La « Biblioteca dell’infanzia »

13Commençons par la « Biblioteca dell’infanzia » : « […] La collection de livres illustrés que je présente ici est entièrement dédiée à nos enfants. Un petit volume qui peut être un joli cadeau pour n’importe quelle occasion, pour l’amusement ou l’étude25. » Cette affirmation a été vérifiée auprès des titres appartenant à la collection. En parallèle, on donne de l’espace au récit fantastique, qui s’affirme peu à peu. Voilà la liste des titres publiée dans le catalogue du 1884, à la première apparition de la collection, qui se divisait dans 4 séries différentes selon le format des volumes. Les titres soulignés peuvent être rattachés aux contes de la tradition ou aux récits des auteurs étrangers :

14Série I. En-4 avec six figures colorées et 8 pages de texte, L. 2,40 l’exemplaire :

15In vacanza dalla Nonna [En vacances avec grand-mère]

16Ricreazioni campestri [Récréations champêtres]

17Alla fiera [À la foire]

18I cattivelli [Les petits méchants]

19Bozzetti sugli animali domestici [Essai sur les animaux domestiques]

20I chinesi [Les Chinois]

21Il gatto e la storia di tre gattini [Le chat et l’histoire des trois chatons]

22Il Natale della piccola Maria [Le Noël de la petite Marie]

23Série II. En-4 plus petit, avec 6 figures en chromolithographie et 8 pages de texte, L. 1,60 l’exemplaire :

24La Cenerentola [Cendrillon]

25Il gatto stivalato [Le chat botté]

26Pollicino [Le Petit Poucet]

27Berrettina rossa [Le petit Chaperon Rouge]

28Biancaneve [Blanche-Neige]

29Sentenze e precetti [Sentences et préceptes]

30Alfabeto d’animali [L’Alphabet des animaux]

31La bella dormiente nel bosco [La belle au bois dormant]

32Giovanni e Margherita [Jeannot et Margot]

33I tre fratelli [Les trois frères]

34Fratellino e sorellina [Frérot et Soeurette]

35Le festicciuole dei ragazzi [Les petites fêtes des garçons]

36I beniamini dei fanciulli [Les chouchous des garçons]

37Aladino [Aladin]

38Viaggio di Gulliver [Le voyage de Gulliver]

39I sette corvi [Les sept corbeaux]

40Storia d’un buon orso [L’histoire d’un ours gentil]

41Avventure di Faust [Les aventures de Faust]

42I racconti della nonna [Les contes de grand-mère]

43Gasparino il calzolaio [Gasparino le cordonnier]

44Scene infantili illustrate [Scènes infantiles illustrées]

45Costumi in alfabeto [Costumes en alphabet]

46L’oro cambiato in ciottolo [L’or devenu cailloux]

47Chioma d’oro [Chevelure d’or]

48Primi conteggi pei bimbi [Premiers calculs pour enfants]

49Gli animali domestici [Les animaux domestiques]

50Tesoretto d’immagini [Petit trésor d’images]

51I passatempi e le gioje dell’infanzia [Les passe-temps et les joies de l’enfance]

52Lanterna magica di belle figure [Lanterne magique des belles figures]

53Il re dei Silti [Le roi des Silthes]

54Il flauto magico [La flûte magique]

55Gulliver al paese dei giganti [Gulliver au pays des géants]

56Il lupo e i sette capretti [Le loup et les sept chevreaux]

57Don Quicote [Don Quichotte]

58Infanzia degli uomini celebri [L’enfance des hommes célèbres]

59Quadretti ricreativi di storia naturale – Quadrupedi [Petits tableaux récréatifs d’histoire naturelle les Quadrupèdes]

60Quadretti ricreativi di storia naturale – Volatili [Petits tableaux récréatifs d’histoire naturelle les Volatiles]

61Quadretti ricreativi di storia naturale – Insetti [Petits tableaux récréatifs d’histoire naturelle les Insectes]

62Robinson

63Rispettate le bestie o bambini [Respecter les bêtes, les enfants !]

64Nel circo [Au cirque]

65Bambini e bambine [Garçons et filles]

66Sollievo ai miseri e confortar chi soffre [Soulager les misérables et réconforter ceux qui souffrent]

67La piccola Anna [La petite Anne]

68Alla campagna [À la campagne]

69Al tempo della nonna [Aux temps de grand-mère]

70Buon giorno e buona notte [Bonne journée et bonne nuit]

71Genovieffa [Geneviève]

72Sfida fra il Lepre e il Riccio [Compétition entre le lièvre et le hérisson]

73Série III. En-8 avec beaucoup de figures et de texte, L. 0,60 l’exemplaire :

74Il nuovo alfabeto illustrato [Le nouvel alphabet illustré]

75Al ballo mascherato [Au bal masqué]

76Fanciulli allegri! [Les enfants heureux]

77In campagna [À la campagne]

78Come parlino gli animali [Comment parlent les animaux]

79Série IV. En-16, 6 figures et texte imprimé au dos, L. 0,30 l’exemplaire :

80Il piccolo nano [Le petit nain]

81La vedovella della neve [La petite veuve de la neige]

82Il paese della cuccagna [Les pays de la cocagne]

83Robinson Crosuè

84Gli animali domestici [Les animaux domestiques]

85A B C

86Nomenclatura ricreativa [Nomenclature récréative]

87Gli amici d’infanzia [Les amis d’enfance]

88Il Gatto stivalato [Le chat botté]

89Lo scherzo e il serio [La blague et le sérieux]

90La mia bambola [Ma poupée]

91Guglielmo Tell [Guillaume Tell]

92Premièrement, on peut remarquer qu’au moins 15 titres sur les 49 dans la série II (la plus dense), peuvent être rattachés aux contes ou aux récits d’aventure. L’évolution de la collection dans les années suivantes s’oriente différemment : les nouveaux livres ajoutés (la série II arrive à soixante-dix titres dans le catalogue du 1898) paraissent, vu leur titre, des nouvelles originales26.

93Avec une certaine difficulté, on a pu démontrer l’appartenance à cette collection de deux fascicules illustrés : Cenerentola [Cendrillon] et La nonna racconta27 [Grand-mère raconte]. En réalité, dans le catalogue 188428, le deuxième fascicule avait pour titre I racconti della nonna [Les récits de grand-mère], mais vu les caractéristiques matérielles et le fait que les informations sont souvent imprécises dans les catalogues, on pourrait bien affirmer qu’il s’agit du même texte. Les deux volumes sont caractérisés par un grand format et un papier épais ; ils n’ont pas une vraie couverture, ni une page de titre29, le recto de la première page présente le titre et une illustration à pleine page, tandis que le texte est déjà imprimé sur le verso de la même page. Les deux petits fascicules sont composés de huit pages, avec quatre gravures en couleurs et d’autres illustrations en bichromie. Cenerentola est une version synthétique du conte de Perrault. Au contraire, La nonna racconta regroupe plusieurs histoires : « Chiacchierina » [La petite causeuse], « Briciolino » [Le petit morceau], « La bella paziente » [La belle patiente], « La buona fata » [La bonne fée], « Il gatto salvatore » [Le chat sauveur] ; si « Chiacchierina » est une adaptation du Petit Chaperon Rouge, « Il gatto salvatore » raconte l’histoire du chat botté. Les textes sont courts et écrits avec un langage simple, conçus pour de très jeunes enfants.

Image 10000000000001090000017261CB6B90.jpg Image 10000000000000FD00000172CE91A1F9.jpg

94La Cenerentola et Racconta la nonna, Milano, A. Vallardi, « Biblioteca dell’infanzia » (?), [19??].

95Malheureusement, on n’a pas pu repérer d’autres livres faisant partie de la même collection, très probablement pour deux raisons : avant tout, il est assez improbable que de tels fascicules, en tant qu’albums illustrés, se soient conservés dans les bibliothèques, en particulier ceux de plus petits formats ; ensuite, même s’ils avaient pu être conservés, il aurait été très difficile de les retrouver à cause de l’omission de l’auteur, curateur et souvent même de l’éditeur. Toutefois, on peut avancer quelques considérations. La volonté de l’éditeur de créer un produit rentable sans devoir dépenser trop d’argent paraît évidente : si le souci de produire un fascicule élégant est bien présent, on a toujours des textes courts ; de plus, le choix délibéré de marquer d’une façon sommaire les curateurs des volumes dans les promotions éditoriales de la collection fait penser que chaque collaborateur rédigeait en très peu de temps beaucoup de fascicules pour la même collection.

96La « Biblioteca varia »

97Les informations concernant la « Biblioteca varia », au moins les plus intéressantes à nos yeux, sont repérables dans le catalogue étrennes 191130, dans la section « Livres d’agréable lecture, instructifs et éducatifs pour les enfants et les familles, pour étrennes, les bibliothèques scolaires, les distributions des prix, etc.31 ».

98Les titres, listés dans un petit entrefilet sans illustration et insérés dans une page où figurent deux collections, sont les suivants :

99Guglielmo Tell [Guillaume Tell]

100Nel paese dell’oro [Dans le pays de l’or]

101La casa rossa [La maison rouge]

102Cento fiabe [Les 100 contes]

103La capanna dello zio Tom [La case de l’oncle Tom]

104Nel lontano occidente [Dans le lointain occident]

105Robinson Crosuè32

106Le avventure di Gulliver [Les aventures de Gulliver]

107Novelle popolari [Nouvelles populaires]

108Don Chisciotte della Mancia [Don Quichotte de la Mancha].

109Il s’agit de fascicules de plus de 100 pages avec texte et gravures en couleurs, vendus à 1 lire l’exemplaire33 et le format des volumes est petit ; on peut affirmer que la collection n’a pas une forme bien définie. Ainsi, la moitié des titres fait référence à des oeuvres déjà connues, tandis que les autres paraissent être des récits originaux. Dans ce cas, on a tenté de repérer dans les bibliothèques tous les exemplaires possibles, mais avec beaucoup de difficultés.

110La casa rossa par Alba34, publié en 1898, est un récit original. C’est le seul qu’on a repéré : y sont décrites les vicissitudes de deux familles qui habitent dans le même bâtiment. Les adaptations retrouvées sont plus intéressantes.

111L’histoire de Guillaume Tell a été utilisée par son adaptateur, Umberto Biraghi, qui s’en sert dans sa préface comme un avertissement pour les enfants italiens nés après le Risorgimento et l’unification :

112« C’est à vous, enfants d’Italie, que je vais conter l’histoire de Guillaume Tell. Vous, qui êtes nés quand l’Italie, notre chère Patrie, était déjà libre du joug étranger, vous n’avez pas ressenti les humiliations, les souffrances, les martyres de l’époque. Votre grand-père, votre papa, vos maîtres d’école vous ont conté l’histoire du Risorgimento italien, et leurs voix étaient émues par les souvenirs d’un passé auxquels ils avaient participé, leur voix avaient fait sûrement battre très fort votre coeur. Toutes ces guerres, tout ce sang versé, cet enthousiasme généreux de milliers de martyres vous ont fait dire avec orgueil “Je suis Italien !” À vous donc qui, même si vous n’avez pas vécu ces temps de lutte, sentez autour de vous le souffle chaud qui animait ces héros, pour vous ce sera facile de comprendre les malheurs d’autres peuples avilis et maltraités par les injustices d’un tyran35. »

113Les vicissitudes de Tell deviennent des exemples de patriotisme, liés aux autres éléments du trinôme « Dieu, patrie et famille » qui caractérisait la plupart de la production des livres scolaires et pour l’enfance en Italie entre le XIXe siècle et le XXe (au moins de ceux qui présentaient les caractéristiques plus traditionnelles36).

114Encore plus intéressant est le roman de Biraghi, Le avventurose vicende della vita di Robinson Crosuè37 [Les vicissitudes aventureuses de la vie de Robinson Crusoé], adaptation du célèbre classique de Defoe. C’est une vraie réécriture. Il suffirait de citer le passage où l’auteur réfléchit à propos du manque de liberté du naufragé : dans la version de Biraghi, on retrouve quelques vers de Vincenzo Monti38 ; l’insertion de quelques motifs typiques de la littérature pour les enfants de l’époque est de même évidente. La plupart des épisodes caractérisés par la violence ou la cruauté sont éliminés ou modifiés ; plus intéressante est la présence de certaines références à une morale dictée par le travail, typique de la littérature du self-help, qui eut un grand succès en Italie dans ces années-là39. Par exemple, le discours que le père de Robinson fait à son fils pour le dissuader de prendre la mer vise à mettre encore plus en évidence sa propre richesse, bâtie grâce aux efforts d’une vie entière. Emblématique est le chapitre où Robinson fabrique des ustensiles et de la vaisselle ; son titre « Volere è potere » [Vouloir c’est pouvoir], est un dicton qui fait écho à la littérature du self-help, en particulier au livre de Michele Lessona (justement Volere è potere40). On retrouve les mêmes thèmes dans le passage suivant :

115« Quand notre ami narra les fatigues et les privations souffertes, autant que les heures de paix et de joie passées dans la solitude, les autres dirent que Dieu était grand, qu’Il n’abandonnait jamais ses créatures et ils conclurent par des proverbes : Vouloir c’est pouvoir ! Aide-toi et le Ciel t’aidera41. »

116Encore plus intéressante est la fin du roman, complètement remaniée : une fois revenu à la maison, Robinson décide d’y rester pour toujours afin de veiller sur sa vieille mère en compagnie de Vendredi « prêt à l’aider dans tout travail42 ». Il faudrait citer un passage qui englobe plusieurs valeurs que Biraghi et les autres auteurs/adaptateurs de la littérature pour l’enfance tenaient à transmettre par le biais de leurs nouvelles :

117« La dame le regarda, souriante, et après lui demanda : “Mais pourquoi veux-tu me voler mes occupations ? L’aiguille est faite pour les mains des femmes”. “Oui, ma maîtresse, mais vos yeux ne vouloir plus travailler ! Moi apprendre, après réajuster le tout et vous dire si va bien !”. “Gentil garçon !” s’exclama la dame, émue, passant sa main ridée sur la tête du garçon sauvage qui savait, pour elle et son fiston, trouver autant de délicatesses que même un homme civilisé n’aurait peut-être pas été capable de penser […]. Et quand il réussissait dans un travail et que sa maîtresse le félicitait, il était content, sautait en se frottant les mains et s’exclamait : “Quand moi retourner dans mon pays, faire tous les vêtements. Ma nation comme les gens d’Angleterre !”43 »

118Le naufragé, une fois les contacts avec le Brésil rétablis, gagne beaucoup d’argent par la vente de son activité, grâce aussi à l’intercession de maman qui « suggéra à Robinson la façon de faire du bien et de se faire aimer par sa ville natale ». Il refuse catégoriquement une haute fonction de l’État44 et, avec son capital, crée une mutuelle de secours pour les marins et leurs familles45. On dirait presque la fin d’un livre bien connu dans le panorama de la littérature italienne : Giannetto, écrit par L.-A. Parravicini, dans lequel l’ascension sociale du protagoniste s’achève avec sa bienfaisance aux plus démunis, surtout à l’égard de jeunes artisans dont il faisait autrefois partie46. Le récit se termine par un appel au lecteur, qui sert de morale : l’admonition à aimer et respecter les parents et à suivre leurs conseils47. La punition divine pour avoir désobéi au père qui représentait la morale originaire du récit48 s’estompe peu à peu pour laisser (dans l’adaptation de Biraghi) de l’espace aux thématiques telles que le dur travail et le « volontarisme », thèmes si chers à la littérature de l’époque.

119Don Chisciotte49 et la Capanna dello zio Tom50 sont plus proches des récits originaux et moins influencés par la pédagogie de l’époque. Palazzolo a remarqué que les adaptations italiennes de la Capanna dello zio Tom – ici repris de l’allemand, comme l’indique la page de titre – omettaient souvent la Conclusion de Harriett Beecher Stowe où l’auteur dénonce l’esclavage, ce qui fait passer le roman de « véritable texte de bataille civile à simple conte édifiant pour la jeunesse51 » ; telle observation s’avère juste dans l’adaptation par Vallardi.

120Après avoir analysé les contenus, il est important d’avancer certaines considérations qui concernent la matérialité de l’édition : on a pu remarquer que les exemplaires consultés de Guglielmo Tell, Don Chisciotte, La capanna dello zio Tom et La casa rossa sont tous caractérisés par les mêmes aspects formels : le format est réduit (en seizième) et les livres ont un nombre de pages limité (une centaine). Les manipulations de conservation ont pratiquement empêché l’identification d’autres éléments paratextuels. Dans certains cas, l’illustration de la couverture a été conservée et collée sur la reliure affichée en bibliothèque. À partir de ces éléments, il est possible de confirmer l’hypothèse qu’au moins quelques-uns de ces livres ont été conçus pour faire partie intégrante d’une même collection. Le seul volume qui ne présente pas ces caractéristiques est l’adaptation de Robinson Crusoe par Biraghi, réalisée dans un format plus grand. Mais une promotion à la fin d’un autre livre appartenant à la collection liste deux éditions avec le même titre, dont un « grand format52 », peut-être l’exemplaire consulté. atalogue56.

121De plus, on a repéré un autre volume, similaire dans sa matérialité : Accanto al fuoco [A côté du feu], publié par Vallardi en 1898 et dont l’auteur est inconnu. Il s’agit d’un recueil de récits où l’on trouve souvent des éléments typiques de la fable nord-européenne, en particulier des Frères Grimm53. Même si dans le catalogue du 1911 le livre n’est pas affiché, vu les aspects matériels, il pourrait appartenir à la « Biblioteca varia ». Cela nous emmène à une autre hypothèse. Les exemplaires consultés datent d’une période comprise entre le XIXe et le XXe siècle (1896-1908). La collection est encore présente dans le catalogue étrennes 191154 mais on peut supposer qu’il s’agit de publications produites principalement à la fin des années 90, comme le démontrerait une page promotionnelle de L’omettino (journal récréatif pour les jeunes, publié chez Vallardi, parallèlement à La donnina, à partir du 1898). Dans le numéro 40, on retrouve la promotion de six textes, vendus à 1 lire : Guglielmo Tell, La casa rossa, Cento fiabe, Nel paese dell’oro, Nel lontano occidente et Robinson Crosué ; six des dix titres de la « Biblioteca varia55 ». On peut supposer que Accanto al fuoco ne fut pas promu en 1911 car son édition avait expiré et on ne pensait pas à la réimprimer, hypothèse confirmée par le catalogue du 1911 où la collection détient un espace assez réduit en comparaison d’autres publications : l’éditeur ne misait pas sur un produit dépassé, spécialement à une période où l’on voulait produire des textes originaux, comme l’atteste la richesse du catalogue56.

D’autres récits

122Trois textes originaux pour les jeunes qui font référence explicite aux classiques de la littérature pour l’enfance (ou devenus tels) ont été publiés au début du XXe siècle. Premier texte : Il giro del mondo in trenta giorni [Le tour du monde en trente jours], écrit par Ulisse Grifoni57 et qui date du 1903, s’inspire au roman de Jules Verne. En effet, le chapitre d’introduction en est le résumé. On y raconte qu’un pari a été fait dans le Reform Club, le même endroit où Phileas Fogg avait décidé, des années auparavant, de réaliser son projet grâce à la construction d’une ligne ferroviaire qui traversait l’Inde ; on voit comment le tour du monde du chroniqueur du New York Herald, poussé par son directeur Gordon Bennet, peut s’accomplir grâce à la construction du chemin de fer transsibérien. Le voyage se déroule au gré de mésaventures, périples et rencontres – comme Fogg, le protagoniste rentre accompagné par une épouse, mais cette fois-ci américaine. Le récit emprunte les modèles de Verne et a le but de démontrer qu’un tel voyage pourrait s’achever plus rapidement, grâce notamment au développement technico-scientifique. De plus, il fournit au lecteur des notions de géographie, d’histoire, de démographie et décrit le développement technico-scientifique. De plus des voies de communication dans les lieux traversés par Mac Lear. Voilà un exemple :

123« Denham en personne affirme avoir mesuré dans l’Atlantique une profondeur de plus de 1400 mètres, mais nous n’avons aucune preuve de la certitude de ces mensurations. Nous devons aussi penser que les deux profondeurs retrouvées dans le Pacifique sont celles qui sont les plus reconnues de nos jours. [...] 8513 et 9427 – observe miss Betsy. La plus grande profondeur des mers correspond ainsi aux plus grandes hauteurs des montagnes. [...] Le fond de l’Océan sera, j’imagine, comme la superficie de la Terre, c’est-à-dire un ensemble de montagnes, vallées, et plaines. [...] Plus au moins, mais assez inégalement – répondit Mac Gregor – […] parce que, dans les profondeurs des mers, l’action des pluies et des vents n’agit pas, contrairement à la superficie terrestre. Cette action érode constamment les montagnes et creuse les vallées, entraînant la terre dans la mer et a pour conséquence l’égalisation du fond tandis que les montagnes de la superficie terrestre deviennent de plus en plus étroites et raides58. »

124Deuxième texte : Pinocchio a Roma [Pinocchio à Rome], écrit par Andrea De Ritis59 et publié chez Vallardi en 1913, est plus original et s’adresse à un public plus jeune. Le récit raconte les vicissitudes du protagoniste du roman de Collodi, qui, devenu enfant, se rend à Rome pour ses études. Comme prévu, l’ex pantin fait des bêtises bien avant de sortir de la gare, est ainsi arrêté et emmené à la prison de Regina Terra (!). Bien entendu, le récit de ses périples est fortement marqué par une bonne dose d’humour. De plus, il est complété par la description de la capitale et de ses principaux monuments. Citons un passage exemplaire

125« Devant lui, au fond de la vallée, il aperçut des colonnes brisées, des morceaux des ruines, des murs tombants et il s’exclama : “Oh quelle mésaventure ! Mais pour quelle raison on ne court pas à sauver ces pauvres gens ensevelis sous les décombres ?” […] “Oh mon seigneur ! – s’exclama le jeune garçon – là, c’est le Forum Romain.” […] Le garçon des cartes postales commença à parler, haletant : “À l’origine cette vallée était remplie des marécages ; ensuite elle fut réduite à deux places, une plus petite qui était le comice et servait pour les votations, l’autre était le Forum, lieu de marché, de promenade et des jeux […]”60. »

126Ou encore le passage où Pinocchio fait le Cicerone à des jeunes mariés :

127« “Cet amphithéâtre servait pour les grands spectacles des gladiateurs et combattants des navires. Le jour de l’inauguration, qui dura cent jours, ils tuèrent plus de cinq mille bêtes féroces […]”. Les deux provinciaux le regardèrent stupéfiés. Encouragé par cet œillade, notre héros commença à dire plein de bêtises. À la fin, il s’exclama : “Ici, a souffert le martyre Saint Pierre, disciple du Christ”. La femme n’était pas très experte en histoire pour s’apercevoir que Saint Pierre n’aurait pas pu subir le martyre à cet endroit même. Elle se jeta à genoux écrasant son visage par terre […]. Elle se releva, le visage plein de poussière, et dit : “J’ai baisé la terre encore mouillée du sang de Saint Pierre !” Après ça, Pinocchio, craignant le pire, décida de se taire61. »

128Troisième texte : Il Robinson del Tirreno [Le Robinson de la mer Tyrrhénienne], écrit par Eugenio Paroli62 et publié en 1919, calque les vicissitudes du personnage de Defoe. Le protagoniste est un petit garçon sur le point de partir à Marseille avec son oncle, émigrant en quête de fortune. Il se retrouve sur un petit bateau qui l’emmène sur l’Ile du Lis et fait naufrage. Amené sur un îlot désert, il apprend, comme Crusoé, à survivre en construisant une cabane et en fabriquant de la vaisselle, en réalisant un calendrier, en cultivant la terre. Sur l’île, apparaît un garçon hongrois emmené par des brigands tziganes (on dirait un véritable Vendredi). Le clin d’oeil au Robinson de Defoe semble évident. Le protagoniste y fait même référence. En plus, le récit est riche d’éléments de la tradition éducative de la littérature infantile italienne, en particulier sur le thème patriotique. On rappelle par exemple la fête de la Constitution :

129« Moi, soussigné, Menicuccio Verbani, bien que je sois exilé de ma Patrie à cause d’une injustice imméritée, je ne pouvais oublier d’être un sujet du Royaume d’Italie et fils d’un brave vétéran de Villafranca et je ne pouvais oublier non plus que le premier dimanche de Juin, depuis les Alpes jusqu’au Lilibeo, on fêtait publiquement la Constitution qui a permis à la nation italienne de devenir libre et une seule !63 »

130Ou encore, scellant son amitié avec le garçon hongrois : « Ce fut alors que je me suis rappelé avoir appris à l’école qu’en 1848-49, les Hongrois avaient aussi combattu contre l’Autriche pour eux-mêmes et pour nous64. » Le chapitre sur Noël est intéressant car il renvoie à la religion et à la famille, éléments – comme on l’a remarqué – très présents dans la littérature enfantine italienne entre le XIXe et le XXe siècle :

131« Je me rappelle que dans ma famille, comme partout dans le monde chrétien, cette journée récurrente était célébrée avec une grande solennité, comme la fête domestique la plus intime et gaie qui soit [...]. Après, je pensais que si mes chers auraient pu me voir et me parler de loin, ils m’auraient envoyé, sans doute, un mot de réconfort [...] et la nuit, en rêve, j’avais senti monter du fond de la mer des tintements de cloches lointaines, tandis que des voix douces et mystérieuses descendaient en chantant “Gloire à Dieu dans le haut des Cieux et paix en terre aux hommes de bonne volonté” 65. »

132Du point de vue du paratexte, les deux derniers romans cités sont très similaires : en brochure, la couverture est décorée en bichromie ; on pourrait déduire qu’ils appartenaient à la même collection. En réalité, telle hypothèse ne peut être confirmée : une série avec ces caractéristiques ne paraît pas dans les catalogues et les paratextes ne contiennent pas d’indications à ce propos. À la fin du volume Pinocchio a Roma, quelques pages promotionnelles nous signalent que le livre appartient à une série de « Libri di lettura amena o educativa66 » [Livres de lecture agréable ou éducative] avec une cinquantaine d’autres titres. On a pu repérer quelques exemplaires et vérifier si les volumes cités dans la liste étaient, d’un point de vue formel, similaires ou différents du livre de De Ritis. Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une véritable collection. Probablement la liste englobe-t-elle tous les textes d’agréable lecture qui n’étaient ni utilisés dans le milieu scolaire ni conçus comme partie intégrante d’une « bibliothèque ». On remarque aussi que, dans la même liste, on cite certains livres dont on a déjà parlé : La capanna dello zio Tom, Don Chisiciotte della Mancia et Le avventurose vicende della vita di Robinson Crosuè, écrits par U. Biraghi, appartenant à la « Biblioteca varia » et accompagnés de descriptions qui renvoient à la même collection (4 planches et couverture en couleurs). Toutefois, le prix varie entre 2 et 2,50 lires, à la différence de ce qu’on affirme dans les promotions citées auparavant (1 lire). Il est difficile de comprendre comment les collections de « littérature agréable » étaient structurées car les indications publicitaires sont contradictoires et, souvent, l’appartenance à une collection n’est pas indiquée.

Conclusions

133Pour conclure, il est possible d’avancer deux types de considérations. Premièrement, d’un point de vue éditorial, il est évident que la production d’Antonio Vallardi dans le domaine de la littérature pour l’enfance a été, au moins dans les dernières décennies du XIXe siècle, assez éclectique : la « Biblioteca dell’infanzia » regroupait des livres de tout genre (pour ce qui concerne les textes originaux), comme on l’a vu dans la liste présentée – abécédaires, aventures, contes, livres didactiques (par exemple : Primiconteggi pei bimbi, Quadretti ricreativi di storia naturale) ou livres d’éducation morale (ex. Sollievo ai miseri e confortar chi soffre). Dans les cas d’adaptations, des textes qui renvoient au même récit paraissent même plusieurs fois. C’est le cas du roman de Swift, auquel font référence soit le Viaggio di Gulliver, soit Gulliver al paese dei giganti. Même Il gatto stivalato est publié avec un titre identique dans les séries II et IV. On pourrait donc conclure que cette collection n’était pas soumise à une logique éditoriale : les volumes publiés ne représentent pas un groupe homogène ni d’un point de vue des contenus ni d’un point de vue matériel ; il s’agit plutôt d’un « cadre » destiné à regrouper ces livres publiés de temps en temps et qui n’étaient pas adressés à l’enseignement, ce n’était pas pour un choix éditorial précis mais plutôt une prévision des bénéfices économiques.

134Pour ce qui concerne la période suivante, au début du nouveau siècle, la production de textes originaux s’amplifie67. Toutefois, des collections comme la « Biblioteca varia » continuent d’exister. On peut y remarquer une meilleure homogénéité du point de vue de la matérialité de l’édition, parallèlement au choix délibéré de se baser, pour la plupart, sur des textes réalisés par des auteurs étrangers, méthode qui épargne du temps et des frais à l’éditeur. De plus, même si dans cette période on est en présence d’un bon nombre de textes originaux, on ne retrouve pas des collections ayant un projet éditorial propre ; on voit plutôt des « cadres » tels que les « Libri di lettura amena o educativa ».

135Du point de vue des contenus, on peut affirmer que les tendances présentées dans les catalogues d’autres éditeurs italiens sont pleinement confirmées. On remarque que les éditeurs ont aussi pris l’habitude d’intégrer dans leurs propres collections des traductions, des adaptations ou des textes s’inspirant de la littérature étrangère (pas nécessairement pour l’enfance) et souvent sans faire remarquer la réutilisation des modèles narratifs d’autres auteurs. De telles opérations se vérifiaient fréquemment, comme l’a constaté Maria Iolanda Palazzolo, surtout dans les catalogues des éditeurs de production scolaire (comme Vallardi) qui, à côté de leur production principale, proposaient une grande collection de littérature d’amusement, contenant soit des textes originaux, soit des traductions et des adaptations d’œuvres littéraires européennes68.

Bibliographie

Sources inédites

Camera di Commercio dell’Industria e dell’Artigianato di Milano, Archivio storico, Registro ditte, sc. 718, bob. 265, Vallardi Antonio.

Catalogues de la maison d’éditions A. Vallardi

Catalogo generale della ditta editrice Antonio Vallardi, Milano, A. Vallardi, 1880 [Catalogue 1880].

Antonio Vallardi Editore, Catalogo generale delle proprie edizioni, in Catalogo collettivo della libreria italiana, Milano, Tipografia Bernardoni, 1881 [Catalogue 1881].

Antonio Vallardi Editore, Catalogo generale 1880-1882, Milano, A. Vallardi, 1882 [Catalogue 1882].

Antonio Vallardi Editore, Pubblicazioni fatte negli anni 1881-82-83 e non comprese nel catalogo collettivo del 1881, Supplemento del 1884 al catalogo collettivo del 1881 della libreria italiana, Milano, Tipografia Bernardoni, 1884 [Catalogue 1884].

Antonio Vallardi Editore, Catalogo generale 1891, in Catalogo collettivo della libreria italiana, Milano, ATLI, 1891 [Catalogue 1891].

Antonio Vallardi Editore, Catalogo generale 1900-1901, Milano, A. Vallardi, 1901 [Catalogue 1901].

Antonio Vallardi Editore, Strenne educative e istruttive 1910-1911, Milano, A. Vallardi, 1911 [Catalogue 1911].

Exemplaires repérés

La Cenerentola, Milano, A. Vallardi, s.d. – Università degli Studi di Milano, Centro APICE, coll. A.F.SR. C04.CEN01. 003.

La nonna racconta, Milano, A. Vallardi, s.d. – Torino, Fondazione Tancredi di Barolo.

BIRAGHI, U., Le avventurose vicende della vita di Robinson Crosuè, Milano, A. Vallardi, 1896 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll. 22.2.F.6. 20

ALBA, La casa rossa, Milano, A. Vallardi, 1898 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll. AV.II.166.

GRIFONI, U., Il giro del mondo in trenta giorni, Milano, Casa editrice La Milano, 1899 – Milano, Biblioteca Comunale Centrale (Sormani), coll. R.JUV.14.

BIRAGHI, U., Guglielmo Tell, Milano, A. Vallardi, 1899 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll. 13.72.A.5.

BEEKER-STOWE, E., La capanna dello zio Tom (riduzione dal tedesco), Milano, A. Vallardi, 1902 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll. 22.4.A.149.

GRIFONI, U., Il giro del mondo in trenta giorni, Milano, A. Vallardi, 1903 – Torino, Fondazione Tancredi di Barolo.

CERVANTES DE SAAVEDRA M., Don Chisciotte della Mancia, ridotto ad uso della gioventù, Milano, A. Vallardi, 1908 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll., 13.63.H.72.

DE RITIS, A., Pinocchio a Roma, Milano, A. Vallardi, 1913 – Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, coll. ROM.L.003.

DE RITIS, A., Pinocchio a Roma, Milano, A. Vallardi, 1920 – Milano, Biblioteca Comunale Centrale (Sormani), coll. M.JUV.111.

PÀROLI, E., Il Robinson del Tirreno, Milano, A. Vallardi, 1919 – Milano, Biblioteca Comunale Centrale (Sormani), coll. N.JUV.116.

Ouvrages :

Antonio Vallardi editore. Celebrando 200 anni di attività, Milano, A. Vallardi, [1950].

BERENGO, M., Intellettuali e librai nella Milano della Restaurazione, Torino, Einaudi, 1980.

BOERO, P. et DE LUCA, C., La letteratura per l’infanzia, Roma-Bari, Laterza, 2007 .

CAMBI, F., « La narrativa per l’infanzia : struttura e funzione », CAMBI F. et CIVES G. (dir.), Il bambino e la lettura. Testi scolastici e libri per l’infanzia, Pisa, ETS, 1996, p. 247-275.

CARINGI, F., « Vallardi : il sapere e la formazione dell’uomo », GIGLI MARCHETTI, A. et FINOCCHI, L. (dir.), Editori e lettori. La produzione libraria in Italia nella prima metà del Novecento, Milano, Franco Angeli, 2000, p. 28-52.

CHEMELLO, A., La biblioteca del buon operaio. Romanzi e precetti per il popolo nell’Italia unita, Milano, Unicopli, 2009 (2e édition).

CHIOSSO, G. (dir.), TESEO. Tipografi e editori scolastico-educativi dell’Ottocento, Milano, Bibliografica, 2003.

COLIN, M., « La littérature d’enfance et de jeunesse en France et en Italie au XIXe siècle. Traductions et influences », Chroniques italiennes, 30, 1992. 21

COLIN, M., « La naissance de la littérature romanesque pour la jeunesse au XIXe siècle en Italie; entre l’Europe et la nation », Revue de littérature comparée, 4, 2002, n° 304, p. 507-518.

COLIN, M., L’âge d’or de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne. Des origines au fascisme, Caen, Presses universitaires de Caen, 2005.

CUNNINGHAM, H., Children & Childhood in Western Society since 1500, New York, Longman, 1995, trad. it. par Giovanni Arganese, Storia dell’infanzia. XVI-XX secolo, Bologna, Il Mulino, 1997, p. 55-99.

FARINA, R. (dir.), Dizionario biografico donne lombarde, Milano, Baldini e Castoldi, 1995.

GIGLI MARCHETTI, A., « Le nuove dimensioni dell’impresa editoriale », TURI, G. (dir.), Storia dell’editoria nell’Italia contemporanea, Firenze, Giunti, 1997, p. 115-163.

GIGLI MARCHETTI, A. (dir.), Editori italiani dell’Ottocento. Repertorio, Milano, Franco Angeli, 2004.

GOVONI, P., Un pubblico per la scienza. La divulgazione scientifica nell’Italia in formazione, Roma, Carocci, 2002.

LUGLI, A., Libri e figure. Storia della letteratura per l’infanzia e per la gioventù, Bologna, Cappelli, 1982.

ROSETTA, F., La casa editrice Antonio Vallardi : la produzione per la scuola e per l’infanzia, mémoire de maîtrise, Università degli studi di Milano, anno accademico 2000-2001, dir. prof. Lodovica Braida.

TURI, G., « Editoria per ragazzi: un secolo di storia », GIGLI MARCHETTI, A. et FINOCCHI L. (dir.), Editori e piccoli lettori tra Otto e Novecento, Milano, Franco Angeli, 2004, p. 11-23.

Notes

1 BOERO, P. et DE LUCA, C., La letteratura per l’infanzia, Roma-Bari, Laterza, 2007, p. 3-10.

2 Ibid., p. IX. Sur le retard italien dans le marché du livre scolaire et sur les caractéristiques des livres pour les enfants au XIXe siècle : COLIN, M., L’âge d’or de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne. Des origines au fascisme, Caen, Presses universitaires de Caen, 2005, p. 39-47.

3 CAMBI, F., « La narrativa per l’infanzia : struttura e funzione », CAMBI, F. et CIVES, G. (dir.), Il bambino e la lettura. Testi scolastici e libri per l’infanzia, Pisa, ETS, 1996, p. 247-275, en particulier p. 261-262. Sur l’évolution d’une idéologie bourgeoise de l’enfance : CUNNINGHAM, H., Children & Childhood in Western Society since 1500, New York, Longman, 1995, trad. it. par ARGANESE G., Storia dell’infanzia. XVI-XX secolo, Bologna, Il Mulino, 1997, p. 55-99.

4 TURI, G., « Editoria per ragazzi : un secolo di storia », GIGLI MARCHETTI, A. et FINOCCHI, L. (dir.), Editori e piccoli lettori tra Otto e Novecento, Milano, Franco Angeli, 2004, p. 11-23, en particulier p. 15-19 et BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. VII.

5 COLIN, M., « La naissance de la littérature romanesque pour la jeunesse au XIXe siècle en Italie ; entre l’Europe et la nation », Revue de littérature comparée, 4, 2002, n° 304, p. 507-518, citation p. 513 et BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. 74 et PALAZZOLO, M.-I., « L’editore come autore : traduzioni e libri per ragazzi », GIGLI MARCHETTI, A. et FINOCCHI, L. (dir.), op. cit., p. 72- 82, citation p. 73. 2

6 COLIN, M., « La littérature d’enfance et de jeunesse en France et en Italie au XIXe siècle. Traductions et influences », Chroniques italiennes, 30, 1992, p. 5 et le plus récent COLIN, M., L’âge d’or de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne, op. cit., p. 22-25.

7 COLIN, M., « La naissance de la littérature romanesque pour la jeunesse au XIXe siècle en Italie », op. cit., p. 507-518, en particulier p. 511-512.

8 LUGLI, A., Libri e figure. Storia della letteratura per l’infanzia e per la gioventù, Bologna, Cappelli, 1982, p. 261.

9 PALAZZOLO, M.-I., op. cit., p. 73.

10 COLIN, M., « La littérature d’enfance et de jeunesse en France et en Italie au XIXe siècle », op. cit., p. 1. COLIN souligne aussi : « […] Ce domaine est un de plus internationaux qui soient, et dès sa naissance, la production littéraire pour le jeune public n’a cessé d’être traduite et échangée dans les pays d’Europe. » Ibid. Voir aussi BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. 4-5.

11 PALAZZOLO, M.-I., op. cit., p. 74.

12 En Italie, l’intérêt, littéraire et pédagogique, vers le conte se manifeste plutôt tardivement, par rapport à ce qui se passait dans les pays du nord de l’Europe avec les Romantiques. En fait, pendant le Risorgimento et après l’unification, les pédagogues italiens étaient plutôt soucieux d’introduire des principes moraux forts dans la littérature pour les jeunes Italiens. Pour l’introduction des modèles du féerique par les folkloristes italiens, on devra attendre les années 70 du XIXe siècle. COLIN, M., L’âge d’or de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne, op. cit., p. 52-54 et p. 107-108 et BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. 33-37.

13 Sur le marché éditorial milanais à la fin du XIXe siècle : GIGLI MARCHETTI, A., « Le nuove dimensioni dell’impresa editoriale », TURI, G. (dir.), Storia dell’editoria nell’Italia contemporanea, Firenze, Giunti, 1997, p. 115-163, en particulier p. 120-134 et p. 137-145.

14 Sur la maison d’édition A. Vallardi : CARINGI, F., « Vallardi : il sapere e la formazione dell’uomo », GIGLI MARCHETTI, A. et FINOCCHI, L. (dir.), Editori e lettori. La produzione libraria in Italia nella prima metà del Novecento, Milano, Franco Angeli, 2000, p. 28-52 ; Antonio Vallardi editore. Celebrando 200 anni di attività, Milano, A. Vallardi, [1950] ; CHIOSSO, G. (dir.), TESEO. Tipografi e editori scolastico-educativi dell’Ottocento, Milano, Bibliografica, 2003, fiche 577 ; GIGLI MARCHETTI, A. (dir.), Editori italiani dell’Ottocento. Repertorio, Milano, Franco Angeli, 2004, p. 1114-1116. J’ai consulté aussi le mémoire de maîtrise de ROSETTA, F., La casa editrice Antonio Vallardi : la produzione per la scuola e per l’infanzia, Università degli Studi di Milano, anno accademico 2000-2001, dir. prof. Lodovica BRAIDA.

15 Marino Berengo a décrit dans des pages suggestives les parcours individuels à l’origine des typographies et librairies milanaises au XIXe siècle : BERENGO, M., Intellettuali e librai nella Milano della Restaurazione, Torino, Einaudi, 1980, p. 49-72. Sur la famille Vallardi : p. 99-101.

16 Ils étaient devenus procureurs l’année précédente. Pour les notifications administratives et sociétaires : Camera di Commercio dell’Industria e dell’Artigianato di Milano, Archivio storico, Registro ditte, sc. 718, bob. 265, Vallardi Antonio.

17 On la citera comme Vallardi, même si la maison d’édition est généralement indiquée A. Vallardi pour éviter de la confondre avec les autres entreprises libraires appartenant aux autres membres de la famille (Francesco Vallardi et Leonardo Vallardi travaillaient aussi dans le marché du livre aux XIXe et XXe siècle).

18 Une usine moderne dans la rue Moscova 40, qui contenait bureaux, rédaction et aussi « lithographie, chalcographie, typographie, atelier de reliure, fabrication de globes et de cartes géographiques en relief » : Antonio Vallardi editore, op. cit., p. 39.

19 En 1887 à Rome et en 1890 à Naples, ibid.

20 À Turin, Paravia, qui sera la première maison d’éditions italienne dans le domaine du livre scolaire et enfantin jusqu’aux années vingt du XXe siècle, produisait matériaux didactiques et meubles aussi. Sur la maison d’édition Paravia : Paola Casana Testore, La casa editrice Paravia. Due secoli di attività (1802-1984), Torino, Paravia, 1984.

21 Pour la liste des catalogues voir la section « Sources » ; les informations sur la production sont tirés des catalogues consultés.

22 Catalogue 1884, p. 5-6. En réalité la collection fait sa première apparition dans le catalogue 1888, dans la section « Racconti illustrati – alfabeti » [Récits illustrés – alphabets] ; elle est divisé en deux « sous-collections » : « Racconti illustrati » [Récits illustrés] et « Raccontini illustrati » [Petits récits illustrés], vendus à 1,60 L et 0,30 L. Les deux collections se fonderont dans les séries I et IV de la « Biblioteca dell’infanzia » : catalogue 1881, p. 21.

23 Cette production est prépondérante dans le catalogue 1901.

24 Le centre APICE « Archives de la parole, de l’image et de la communication éditoriale » conserve, dans une des trois sections du fonds Reggi, plus de 2500 livres, qui présentent l’histoire du livre et de l’illustration italiens depuis la 2nde moitié du XIXe siècle. Je signale aussi la Fondazione Tancredi di Barolo et la Fondazione Colonnetti à Turin, qui conservent un grand nombre de livres pour la jeunesse qui datent du XVIe siècle.

25 Catalogue 1884, p. 6.

26 Catalogue 1898, p. 43 et les promotions dans le « Bollettino dell’associazione magistrale milanese » imprimé par Vallardi et contenant beaucoup de publicités. En 1896, une page est dédiée à la « Biblioteca dell’infanzia » : « Bollettino dell’associazione magistrale milanese », 3, n° 2-3, page sans numérotation. En 1905, certains livres appartenant à la collection sont listés sous l’indication plus générique « Libri con illustrazioni a colori adatti per strenna » [Livres illustrés en couleurs et indiqués comme étrennes]. Ibid., 12, 191, n° 2, page sans numérotation.

27 Cette attribution n’est pas complètement prouvée. En fait, la marque Vallardi imprimée sur les volumes est celle qu’on trouve sur les exemplaires du XXe siècle, tandis que la collection remonte aux années quatre-vingt du XIXe. De plus, une note manuscrite dans le volume Cenerentola, pas complètement déchiffrable, est daté 19??. Toutefois, la matérialité des deux albums correspond aux indications concernant la « Biblioteca dell’infanzia ». On pourrait conclure que les exemplaires appartiennent à une réimpression suivante.

28 Catalogues 1881, p. 21, 1882, p. 19, 1884, p. 6.

29 Pour cette raison on ne peut pas lire les données d’édition.

30 Catalogue 1911, p. 21.

31 Le catalogue présente aussi une section « Libri per fanciulli ricchi di illustrazioni a colori […] » [Livres pour enfants riches en illustrations en couleurs] » et une section « Giochi istruttivi e educativi » [Jeux instructifs et éducatifs].

32 Il faut souligner que Guillaume Tell ou Robinson Crosuè étaient déjà parus dans la série IV de la « Biblioteca dell’infanzia ». Comme on l’a dit, on n’a pas pu repérer des exemplaires qui remontent aux années 1880, par conséquent, on ne peut pas vérifier s’il s’agit de la même édition.

33 La même liste, qui contient les mêmes prix, est présente dans les dernières pages de DE RITIS, A., Pinocchio a Roma, Milano, A. Vallardi, 1912.

34 ALBA, La casa rossa, Milano, A. Vallardi, 1898. L’auteur est probablement ALBA Cinzia Caldi Scalcini (1870-1960), écrivain lombarde qui s’occupait, entre autres, de littérature jeunesse : FARINA, R. (dir.), Dizionario biografico donne lombarde, Milano, Baldini e Castoldi, 1995, ad vocem.

35 BIRAGHI, U., Guglielmo Tell, Milano, A. Vallardi, 1899, p. 3-4.

36 La devise « Dieu, patrie et famille » ressort dans les pages du titre de plusieurs livres scolaires et dans les catalogues de manuels et livres pour enfants. Rappelons la célèbre « Biblioteca illustrata degli scolari » [Bibliothèque illustrée pour les écoliers], publiée par Vallardi depuis 1898.

37 BIRAGHI, U., Le avventurose vicende della vita di Robinson Crosuè, Milano, A. Vallardi, 1896. Le titre en couverture est différent de celui imprimé dans la page de titre : Le fortunose avventure della vita di Robinson Crosuè.

38 « Principio e fonte/ del coraggio e dell’onor/ che il piè in terra, in ciel la fronte/ sei del mondo il primo amor. » (Ibid., p. 66). Les vers sont tirés de la pièce de Vincenzo Monti (1754-1828) Per la liberazione dall’Italia ; il faut souligner que le contexte n’a rien à voir avec le leitmotiv des vers de Monti, qui ont un caractère patriotique

39 Sur la littérature du self-help, qui visait à instruire et éduquer les lecteurs des classes populaires : CHEMELLO, A., La biblioteca del buon operaio. Romanzi e precetti per il popolo nell’Italia unita, Milano, Unicopli, 2009 (2e édition).

40 Il s’agit de LESSONA Michele, Volere è potere, paru chez Treves en 1869 ; un texte de vulgarisation qui s’inspire de l’archétype Self help par Samuel Smiles. Le livre de Lessona (1823-1894) contient des biographies de personnages qui avaient eu du succès dans leur vie, décrits comme des modèles de diligence : CHEMELLO, A., op. cit., p. 97-105. Pour une biographie de Lessona et la description de ses rapports avec le monde de l’édition : GOVONI, P., Un pubblico per la scienza. La divulgazione scientifica nell’Italia in formazione, Roma, Carocci, 2002, p. 165-206. Sur les liaisons entre Lessona et la littérature enfantine : BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. 31-33.

41 BIRAGHI, U., Le avventurose vicende della vita di Robinson Crosuè, op. cit., p. 153.

42 Ibid., p. 196.

43 Ibid., p. 196-197. J’ai gardé les verbes à l’infinitif du texte original, utilisés dans le discours de Vendredi pour rendre la langue du sauvage.

44 Ibid., p. 202.

45 Ibid., p. 203.

46 Sur le Giannetto par Luigi Alessandro Parravicini (1800-1880), véritable long-seller entre les lectures pour l’école primaire (paru en 1837, il sera publié jusqu’au début du XXe siècle) : BOERO, P. et DE LUCA, C., op. cit., p. 12-14 et suivantes. La pertinente comparaison avec la conclusion du Giannetto est due au mémoire de maîtrise de ROSETTA, F., op. cit., p. 199.

47 Ibid., p. 206.

48 LUGLI, A., op. cit., 1982, p. 62.

49 CERVANTES DE SAAVEDRA, M., Don Chisciotte della Mancia, ridotto ad uso della gioventù [adapté pour la jeunesse], Milano, A. Vallardi, 1908

50 BEEKER STOWE, E., La capanna dello zio Tom, riduzione dal tedesco, [adaptation de l’allemand], Milano, A. Vallardi, 1902.

51 PALAZZOLO,M.-I., op. cit., p. 82

52 « Edizione in gran formato. Con molte incisioni in nero e tavole a colori » [Édition grand format. Avec beaucoup d’incisions et tableaux en couleurs] : DE RITIS, A., Pinocchio a Roma, Milano, A. Vallardi, 1913, pages sans numérotation. Il faut remarquer que le titre des deux éditions est, dans cette promotion, Le meravigliose avventure della vita di Robinson Crosuè.

53 À propos de l’utilisation des modèles du conte, souvent arrivés en Italie avec la médiation des auteurs nord-européens (Grimm, Andersen) ou français (Perrault), on pourrait écrire un chapitre entier. On a préféré ne pas approfondir ici cette question, bien que les recueils de contes soient très présents dans les éditions Vallardi.

54 Le catalogue 1901 ne promeut que des publications scolaires.

55 « L’omettino », 40, 1901, n° 4, page sans numérotation.

56 Le catalogue se compose d’environ 40 pages

57 GRIFONI, U., Il giro del mondo in trenta giorni, Milano, A. Vallardi, 1903, le même texte avait été publié par livraisons chez un éditeur milanais mineur quelques années auparavant : GRIFONI, U., Il giro del mondo in trenta giorni, Milano, Casa editrice La Milano, 1899. Même les illustrations sont reprises de la première édition.

58 GRIFONI, U., Il giro del mondo in trenta giorni, op. cit., p. 107-108.

59 DE RITIS, A., Pinocchio a Roma, Milano, A. Vallardi, 1913. Il existe aussi une édition qui date du 1920, reliée en toile. L’existence de deux éditions différentes est mentionnée dans les pages publicitaires à la fin du volume du 1913 : Ibid.

60 Ibid., p. 53-54.

61 Ibid.

62 PÀROLI, E., Il Robinson del Tirreno, Milano, A. Vallardi, 1919.

63 Ibid., p. 153. Ibid., p. 153.

64 Ibid., p. 214.

65 Ibid., p. 196-197.

66 « Libri di lettura amena e educativa per strenne e per le biblioteche scolastiche » [Livres de lecture agréable et éducative pour étrennes ou pour les bibliothèques scolaires] : DE RITIS, A., op. cit., pages publicitaires sans numérotation.

67 Catalogue 1911.

68 PALAZZOLO,M.-I., op. cit., p. 75, où l’on indique l’exemple de l’éditeur Perino à Rome

Pour citer ce document

Elisa MARAZZI, «Traductions, adaptations et réutilisations des modèles narratifs dans la production de livres pour l’enfance chez la maison d’édition Vallardi à Milan (1880-1920) », Publije, revue de critique litteraire [En ligne], Numéros de la revue en texte intégral, Le récit pour la jeunesse : transpositions, adaptations et traductions / Dir. P.Eichel-Lojkine, mis à jour le : 05/03/2015, URL : http://publije.univ-lemans.fr/publije/index.php?id=244.