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Publije, revue de critique litteraire
(littérature pour la jeunesse et littérature générale)

1. Pratiques de lecture de jeunesse en Europe : XIXe-XXIe siècles - Workshop Jeunes Chercheurs

Elisa REBELLATO

Commentaire du poster

Article

Abstract

La Scala d’Oro is one of the most celebrated Italian series for young readers. It was published between 1932 and 1936 in 93 volumes. It was divided into eight categories, based on the age of the reader. There were three different types of books: all-time classics, the most famous children’s books and the «opere originali istruttive», or books whose purpose was to explain the basics of science and humanities to children.

The ten authors of the scientific books were mainly literary writers; among them, only Giuseppe Scortecci was a zoologist. The protagonist of the stories was often a child, with whom the reader was supposed to identify. His parents and, more widely, the adult characters play a role of support, helping the young reader to understand the scientific explanation. The topics are various: life of animals, chemical processes, radio parts and functions, the development of the universe and so on. Some themes recur in a more elaborate fashion in books suitable for older children.

The series is mainly known for its illustrations, realized by famous artists. The role of images is particularly important in scientific books, and their complexity grows with the complexity of the texts.

Texte intégral

1 La Scala d’Oro est l’une des plus célèbres collections italiennes de livres pour l’enfance. Elle fut publiée en première édition à Turin par la maison UTET entre 1932 et 1936, en 93 volumes. Le titre, L’Escalier d’Or, indiquait un parcours gradué, subdivisé en 8 séries, chacune destinée aux lecteurs de différents âges, de 6 à 13 ans1. Le choix des textes et des auteurs est dû à deux intellectuels éditeurs, Fernando Palazzi et Vincenzo Errante, qui avaient déjà travaillé pour de grandes maisons d’éditions, comme Zanichelli et Mondadori.

2 La collection comprenait trois genres de livres : en premier lieu, des livres qui proposaient les grands classiques de la littérature de tout pays et de tout temps ; ensuite, il y avait des livres qui offraient aux petits les romans pour l’enfance des littératures étrangères. Enfin il y avait le groupe des livres sur lesquels sera focalisée notre attention, définis comme «opereoriginaliistruttive»: il s’agissait de livres conçus avec une finalité plus didactique, même s’ils ne devaient pas ressembler à des livres scolaires et s’ils devaient au contraire être amusants comme des livres de littérature. Ils devaient expliquer aux jeunes lecteurs certaines notions: quelques-uns de ces livres visaient à enseigner des notions d’histoire ou d’histoire de l’art, mais la plupart avaient pour but d’initier les jeunes aux mystères de la science, de la zoologie, de la technique, de la géographie.

3 C’était une nouveauté dans le marché des grandes collections italiennes des années Trente. La plupart des collections pour l’enfance d’alors ne prévoyaient pas de livres de vulgarisation, étant surtout des collections littéraires. La science et la technologie étaient reléguées dans les livres scolaires. Il y avait pourtant une exception, I grandi piccoli libri de l’éditeur Salani2. Cette collection, née à la fin de l’année 1931, était composée de livres de petit format et destinée aux enfants de 6 à 10 ans, donc à un public plus limité que celui de La Scala d’Oro. Elle mêlait récits et science, mais les textes choisis étaient plus brefs, donc moins approfondis. De plus, la collection était la traduction d’une collection anglaise, The LittleBig Books. Le cas de La Scala d’Oro était donc unique: l’on avait des livres de vulgarisation d’auteurs italiens insérés à l’intérieur d’une collection presque encyclopédique.

4 Les études qui se sont occupées de vulgarisation en Italie sont rares, et elles ont accordé leur attention surtout au public adulte3. Au contraire, les études françaises et anglaises sont nombreuses, y compris pour la littérature jeune public, mais la plupart d’entre elles s’occupent du début et de l’âge d’or de la vulgarisation, c’est-à-dire du XIXe siècle4. L’un des problèmes les plus analysés dans ces études est celui des auteurs. Qui écrivait ces textes? Quel était leur métier ? On peut se poser la même question pour les auteurs de vulgarisation scientifique de La Scala d’Oro.

5 Les auteurs de la collection sont au nombre de 26, mais 10 seulement s'occupent des textes de vulgarisation. La plupart d’entre eux sont en même temps les auteurs d’adaptations de textes de littérature. Les seuls qui écrivent exclusivement des textes scientifiques sont Mario Buzzichini, Giuseppe Scortecci, Vittorio Tedesco Zammarano, qui ont des formations extrêmement différentes.

6 Mario Buzzichini est un journaliste et auteur qui collabore à plusieurs revues, soit pour les enfants, soit pour les adultes, mais sans aucune formation scientifique. Malgré cela, il réalise trois livres de vulgarisation scientifique pour la première et la deuxième série, qui ont comme protagonistes le petit Tompusse, sa soeur Pippoletta et le chien Dammilosso. Giuseppe Scortecci devient professeur de zoologie à l'Université de Gênes en 1941 et participe à de nombreuses explorations en Afrique saharienne et en Arabie. Il publie des textes scientifiques, pour les écoles et également pour la vulgarisation. Enfin, Vittorio Tedesco Zammarano, formé à l'Académie Militaire, participe à la Grande Guerre et se rend en Libye comme commandant des troupes de 1921 à 1925. Il est passionné de chasse et il écrit pour La Scala d'Oro un livre intitulé Cuore saldo a caccia grossa, qui fournit aux jeunes lecteurs d’intéressantes notions de zoologie.

7²Donc, parmi les 26 auteurs de la collection, un seul appartient au monde scientifique. Les causes de cette participation limitée d’hommes de science peuvent être de deux ordres. D’une part, les deux directeurs cherchaient les collaborateurs parmi leurs amis, qui étaient surtout des gens de Lettres, puisque Palazzi venait du milieu de la magistrature, tandis que Errante était un professeur de littérature allemande ; d’autre part, la formation des directeurs eux-mêmes étant littéraire, il n’était pas facile pour eux de juger la qualité scientifique des textes, ils devaient donc s’appuyer sur des écrivains dans lesquels ils avaient confiance.

8 Pour mieux comprendre quelles étaient les lignes directrices de la collection, nous chercherons à mettre en relief certaines caractéristiques communes.

9 À propos de la forme de la narration, la plupart des narrateurs ont un point de vue externe. Dans certains cas, l’auteur s’adresse directement aux lecteurs avec une lettre en ouverture; dans d’autres cas, il les apostrophe pour souligner des points particulièrement difficiles, ou pour rappeler des événements de la vie quotidienne qui ont une explication scientifique. Quelques auteurs comme Perri et Zammarano écrivent leurs livres à la première personne, et ils parlent d’eux-mêmes et de leurs propres enfants, ou de leurs propres expériences de chasse. Une autre forme de narration qui prévaut dans la tradition de la vulgarisation du XIXe siècle est le dialogue, qui permet une sorte de maïeutique de la science.

10 Le protagoniste le plus employé est l’enfant, qui permet l’identification du jeune lecteur. Aux adultes revient un rôle de support. Comme dans la vulgarisation du XIXe siècle, il y a un personnage charismatique qui transmet les notions avec autorité, et il s’agit d’un adulte. Souvent c’est le père du protagoniste, mais on trouve aussi Merlin l’enchanteur qui amène Carotino, le petit protagoniste du livre Le maraviglie della natura, dans le Paléozoïque et dans l'atome.

11 Les thèmes évoqués sont des plus variés : de la vie des animaux aux procédés chimiques les communs ; du fonctionnement de la radio à la formation de l’Univers. Certains sujets sont traités de manière de plus en plus approfondie au cours des différentes séries. C'est le cas de la naissance du système solaire, expliquée par Scortecci dans Le maraviglie della natura, pour les enfants de 9 ans, et à nouveau dans Il libro del cielo, pour les garçons de 13 ans. L’évolutionnisme, argument clé de la vulgarisation scientifique anglaise et française du XIXe siècle, n’est jamais cité, peut-être en raison du climat de réserve entretenu par l’Église, qui n’accepta la théorie darwinienne qu’en 1950.

12 On ne peut pas parler de l’Italie des années Trente sans tenir compte du Fascisme. Une caractéristique remarquable de La Scala d’Oro est qu’elle a su se tenir éloignée de l'exaltation du Fascisme, sauf pour le cas du volume de Pollini, Guerra e fascismo. Les livres de technologie auraient pu fournir l’occasion d’un éloge des nouveautés introduites par Mussolini, mais le seul éloge, prononcé par Scortecci à propos de l'hydroélectricité, est adressé à l'« attiva opera del Governo» et non pas à Mussolini, comme il était d’usage à l’époque.

13 Enfin, l’un des aspects les plus célèbres de La Scala d’Oro est la qualité de ses images5. Errante et Palazzi ont employé les meilleurs illustrateurs italiens du moment. Les dessins sont pleins de fantaisie dans les premières séries, pour les enfants plus petits, tandis que dans les séries suivantes les dessins en couleurs laissent place à la photographie en noir et blanc, et les interventions graphiques deviennent plus scientifiques et schématiques. La Scala d’Oro était donc graduée non seulement dans les textes, mais aussi dans la proposition des illustrations, selon un projet absolument cohérent.

Bibliographie

Bensaude-Vincent, Bernadette. “Un public pour la science. L’essor de la vulgarisation au XIXe siècle”, Réseaux 11, n. 58 (1993): 47-66.

Bowler, Peter J. Science for all. The Popularization of Science in Early Twentieth- Century Britain. Chicago and London: The University of Chicago Press, 2009.

Fyfe, Aileen. “Young readers and the sciences”, in Books and the Sciences in History, edited by Marina Frasca-Spada e Nick Jardine, 276-90.Cambridge: Cambridge UniversityPress, 2000.

Jourdan, Baudouin. « Enjeux et paradoxes de la vulgarisation scientifique » in La promotion de la culture scientifique et technique. Ses acteurs et leurs logiques, 201-209. Paris : Publications de l'Université Paris 7-Denis Diderot, 1996.

Le Men, Ségolène. “Hetzel ou la science récréative”, Romantisme 65 (1989), 69-80.

Lightman, Bernard V. Victorian popularizers of science. Designing nature for new audiences. Chicago: Chicago University Press, 2007.

Raichvarg, Daniel and Jacques, Jean. Savants et ignorants. Une histoire de la vulgarisation des sciences. Paris: Éditions du seuil, 1991.

Bensaude-Vincent Bernadette, Rasmussen Anne (dir.), La science populaire dans la presse et l’édition, XIXe et XXe siècles. Paris: CNRS Éditions, 1997.

Béguet Bruno, La science pour tous. Sur la vulgarisation scientifique en France de 1850 à 1914. Paris: Bibliotheque du Conservatoire National des Arts et Métiers, 1990.

Topham, Jonathan R. “Scientific publishing and the reading of science in nineteenth century Britain. A historiographical survey and guide to sources”, Studies In History and Philosophy of Science Part A 31 n. 4 (2000): 559-612.

Notes

1 Giulia Aiolfi, “La Scala d’oro” della UTET: una collana per ragazzi durante il fascismo (1932-36)”, L’officina dei libri (2010): 141-58.

2 Ada Gigli Marchetti, Libri buoni e a buon prezzo. Le edizioni Salani (1862-1986) (Milano: FrancoAngeli, 2011).

3 Laura Barile, “La divulgazione scientifica (1870-1910)”, in La cassetta degli strumenti. Ideologie e modelli sociali nell’industrialismo italiano, a cura di Valerio Castronovo (Milano: Franco Angeli, 1986),81-114; Paola Govoni, Un pubblico per la scienza. La divulgazione scientifica nell’Italia in formazione (Roma: Carocci, 2002); Paola Govoni, “Dalla scienza popolare alla divulgazione. Scienziati e pubblico in età liberale”, in Storia d'Italia. Annali 26. Scienze e cultura dell'Italia unita, a cura di Francesco Cassata, Claudio Pogliano (Torino: Einaudi, 2011), 65-82.

4 Voir la bibliographie à la fin du texte.

5 Paola Pallottino, “Luci e ombre della Scala d'Oro. Meraviglie, curiosità e avventure della più famosa collana di libri italiani per i ragazzi del Novecento”, in Conformismo e contestazionenel libro per ragazzi. Storia e sperimentazione (Bologna: Cappelli, 1979), 63-90.

Pour citer ce document

Elisa REBELLATO, «Commentaire du poster », Publije, revue de critique litteraire [En ligne], IN VIVO, 1. Pratiques de lecture de jeunesse en Europe : XIXe-XXIe siècles - Workshop Jeunes Chercheurs, mis à jour le : 31/08/2015, URL : http://publije.univ-lemans.fr/publije/index.php?id=355.