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Publije, revue de critique litteraire
(littérature pour la jeunesse et littérature générale)

Analyses

Fernando COPELLO

Lectures d’enfance de Victoria Ocampo : entre Cervantès et La Fontaine

Article
Mots clés : Victoria Ocampo, Sur, lectures d’enfance, Cervantès, La Fontaine, éducation dans le Río de la Plata

Résumé

Les lectures d’enfance de Victoria Ocampo, dans l’Argentine de la fin du xixe siècle et du début du xxe, permettent de comprendre un goût littéraire, un projet de vie chez celle qui deviendra la directrice de la revue Sur. Ces lectures sont confrontées à celles d’autres écrivains de la même génération, comme Jorge Luis Borges et María Rosa Oliver. Le poids de la culture française est sans doute évident, mais il faut tout de même le nuancer.

Abstract

The books read by Victoria Ocampo when she was a child in the last xixth century and the beginning of the xxth, in Argentina, can explain us the literary taste and the life project of the legendary literary magazine Sur publisher. These pieces of reading are compared to those of other writers belonging to the same generation, such as Jorge Luis Borges and María Rosa Oliver. The french culture is most important but other tonalitys can be quoted.

Extracto

Las lecturas de infancia de Victoria Ocampo en la Argentina de finales del siglo xix y principios del siglo xx pueden permitirnos comprender un gusto literario, un proyecto de vida en quien iba a convertirse en la directora de la revista Sur. Dichas lecturas son comparadas con las de otros escritores de la misma generación como Jorge Luis Borges o María Rosa Oliver. El peso de la cultura francesa es indiscutible, pero algunos matices merecen ser considerados.

Texte intégral

« Le vert paradis des lectures enfantines disparaît irrémédiablement. Mais un prince, sur son cheval ailé, s’est sauvé de la catastrophe et il continue à nous visiter quelquefois » (Victoria Ocampo, « Lectures d’enfance », Lettres Françaises, 14, 1944, p. 7)

À Saúl Aronson

1Dans une lettre datée de 1946 adressée à Adrienne Monnier, la libraire et éditrice de la rue de l’Odéon, Victoria Ocampo dit :

« Le seul mérite que j’ai pu avoir est mon amour fidèle pour la France. Vous voyez bien que je n’en ai aucun ! Car aimer n’est pas un mérite. C’est peut-être une vocation. J’ai beaucoup parlé de la littérature française, j’ai contribué à la faire connaître en Argentine depuis – mettons – vingt ans. Dans ce sens-là, j’ai apporté mon grain de sable. Je le sais »1.

2L’amour de Victoria Ocampo pour la littérature de langue française est un fait connu et précoce, ainsi que son penchant pour la littérature de langue anglaise, qu’elle a contribué à diffuser tout autant dans l’hémisphère sud2. L’intérêt de la directrice de Sur pour la littérature indienne est une composante à ne pas négliger non plus dans son univers culturel mais, comme on le sait, l’amour de l’Inde n’apparaît que tardivement chez elle, pendant sa jeunesse3.

3Ce qui caractérise le lien entre Victoria Ocampo et la littérature de langue française est qu’il ne se réalise pas que dans la parole et dans le texte écrit, mais qu’il s’inscrit aussi dans ses liaisons amoureuses. Je ne crois pas aller trop loin si je vois dans les rapports entre Victoria et Drieu La Rochelle, entre Victoria et Roger Caillois, quelque chose qui n’est pas que de l’amour, mais un terrain d’entente où le corps construit aussi des liens spirituels et littéraires. Par ailleurs, l’aspect financier est aussi très présent dans les rapports entre Victoria Ocampo et la littérature de langue française : il suffit d’évoquer la création de la revue Lettres Françaises, dirigée par Roger Caillois et publiée en Argentine pendant les années de l’Occupation et même au-delà. C’est Victoria qui subventionne les vingt numéros, parus entre 1941 et 19474. Tout cela nous permet de mesurer le poids plus important de la culture française dans les liens entre Victoria Ocampo et l’étranger. Jules Supervielle, dans un numéro de 1932 de la Nouvelle Revue Française, présente la dame du Río de la Plata comme « prisonnière du français »5.

4Il faut certainement prendre en compte – et en ce sens relativiser cette attitude francophile de Victoria Ocampo comme quelque chose d’individuel – le fait que les Argentins se sont attachés à la culture française tout au long du xixe siècle, et que Victoria, née en 1890, baigne dans cette atmosphère. Un contemporain de l’écrivaine de San Isidro – et l’un de ses complices lors de la création de la revue Sur en 1931 – Jorge Luis Borges, expliquait ainsi l’amour de ses concitoyens pour l’esprit français :

« Au Congrès de Tucumán [1816], nous avions décidé de cesser d’être espagnols ; notre devoir était de fonder, comme les Etats-Unis, une tradition qui nous fût propre. Rechercher cette tradition dans le pays dont nous venions de nous couper aurait été un évident contresens ; la rechercher dans une hypothétique culture indigène aurait été non seulement impossible mais absurde. Nous nous sommes tournés, finalement, vers l’Europe et plus particulièrement vers la France (Poe lui-même, qui était américain, n’était arrivé jusqu’à nous qu’à travers Baudelaire et Mallarmé). En dehors du sang et du langage qui sont aussi des traditions, c’est la France, plus qu’aucune autre nation, qui nous a marqués »6.

5Certains témoignages nuancent un peu les propos de Jorge Luis Borges. Je prends comme exemple le cas d’un écrivain de la génération de 1880, Miguel Cané. Ce Cané, formé au Colegio Nacional de Buenos Aires (lycée destiné à l’élite et dont le proviseur fut pendant les années-Cané un Français d’exception, Amedée Jacques), raconte dans ses mémoires ses lectures d’adolescent. Il aime le roman, et dans le roman il aime Dumas – à la folie – mais il aime aussi des romanciers espagnols et anglais7.

6Notre approche des lectures d’enfance de Victoria Ocampo va nous permettre d’évaluer la situation particulière de l’écrivaine. Il faudra aussi tenir compte de tout ce qui passe par l’oralité, car le circuit de la littérature n’est pas seulement de l’ordre de l’écrit, surtout lorsqu’il concerne le jeune âge des récepteurs. Par ailleurs, les références au paratexte ne sont pas à négliger. L’écrivaine de San Isidro se montre fort sensible à cet aspect-là lorsqu’elle nous dit précisément, dans un article intitulé « Lectures d’enfance » : « Aussi les titres des livres lus pendant notre enfance, leurs couvertures, leurs illustrations – Proust l’a dit mieux que personne – nous deviennent précieux »8. Il sera intéressant de voir par la suite quelles sont les traces de ces expériences enfantines chez la Victoria Ocampo adulte, écrivaine mais surtout éditrice et, de manière globale, femme de lettres.

7Il me semble important de distinguer dans le parcours de Victoria Ocampo ce qui touche à son itinéraire local (dans le Río de la Plata et dans l’Amérique Latine en général) et ce qui touche à son itinéraire ailleurs. Il faut bien admettre que si la directrice de Sur a réussi à faire connaître la littérature et la culture européennes ainsi que celles de l’Asie et de l’Amérique du Nord9 dans le Río de la Plata, en sens inverse son poids n’a été considérable qu’en France. Dans ce dernier pays, son influence est d’autant plus importante que Victoria a su créer une vive complicité avec Roger Caillois10.

8Certainement, les liens entre la France et le Río de la Plata existaient déjà auparavant. Ils étaient dus aux rapports d’amitié intellectuelle entretenus entre Güiraldes et Valéry Larbaud. D’autre part, Jules Supervielle fut un intermédiaire d’exception en Uruguay comme en France. Adrienne Monnier, quant à elle, diffusa la littérature hispanique à travers La Maison des Amis des Livres, tandis que Borges sympathisait avec Drieu11. Cependant, c’est Victoria Ocampo qui a réussi à structurer ces liens en leur donnant un but très précis qui s’est consolidé grâce à l’aide de Roger Caillois – d’abord lorsque l’écrivain se trouve en Argentine, puis dès son retour en France lorsqu’il s’implique dans le monde éditorial parisien.

9Notre étude des lectures d’enfance de Victoria Ocampo exploite certains documents qui nous semblent de premier ordre, mais qui n’épuisent pas toutes les références possibles au sujet, car la vaste correspondance de l’auteure est bourrée d’anecdotes qui pourraient nous intéresser. Nous avons privilégié des textes qui sont de l’ordre de l’intime, mais que Victoria a publiés de son vivant et destinés à des lecteurs de langue espagnole et de langue française. Ce sont des textes où elle aborde la problématique de sa formation pendant son enfance en Argentine ou pendant l’année passée en Europe en 1896. Il s’agit de « Palabras francesas », article paru dans le N° 3 de Sur en 193112, « Adios al tren del Bajo » publié dans le journal La Nación de Buenos Aires en 196213 et « Lectures d’enfance », texte paru dans Lettres Françaises14. Ces textes ont été repris d’une manière ou d’une autre dans son autobiographie, publiée de manière posthume à partir de 1979. Nous avons étudié le premier volume de cette autobiographie, intitulé El archipiélago, qui raconte son enfance15.

10La dame de San Isidro a commencé son autobiographie en 1952, c’est-à-dire pendant la période péroniste, qui lui a été néfaste16. Elle se sert de notes prises trente ans plus tôt17, lorsqu’elle avait une trentaine d’années. Sa démarche me semble intéressante, comme imprégnée de psychanalyse : elle nous dit que ce n’est pas sa conscience qui a choisi ces souvenirs, que ces souvenirs ne constituent qu’un archipel capricieux18. Cela explique en partie le titre du livre, L’archipel. Il y a toutefois un autre détail intéressant. Dans un texte évoqué par Fryda Schultz, Victoria Ocampo se souvient de sa préceptrice française, qu’elle appelle Mademoiselle Couco : « Mademoiselle Couco représente le monde que l’on nous impose et que nous préférons, […] celui qui nous permet de rester dans l’île à peine habitée de notre individualité »19. D’après cette métaphore, qui devait être chère à l’éditrice de Sur, une île est le synonyme d’un être. On peut donc trouver dans la notion d’archipel le désir de Victoria Ocampo d’accéder à une individualité plurielle et ouverte, qui naît d’une enfance aux couleurs complexes et multiples. Cet archipel est aussi celui de la culture de Victoria, forgée entre deux hémisphères : celui du Nord qui lui a donné ses langues et celui du Sud qu’elle veut incarner.

11Il me semble qu’il faudrait procéder de la manière suivante pour mieux comprendre l’univers culturel de Victoria Ocampo enfant : d’une part, tenir compte de ses réflexions sur la langue – car la langue est le véhicule de toute littérature – d’autre part, explorer les allusions aux textes lus ou écoutés.

12C’est Victoria Ocampo même qui rend publique sa perception de son initiation littéraire dans un texte où la langue est la problématique essentielle. Il s’agit de « Palabras francesas », publié en 1931 dans le numéro 3 de Sur20 :

« Tous les livres de mon enfance et de mon adolescence étaient français ou anglais, français pour la plupart. J’ai appris l’alphabet en français, dans un hôtel de l’avenue Friedland. Depuis, le français m’a imprégnée à tel point que j’ai été incapable de me libérer de cette langue. Ma préceptrice était française. J’ai été punie en français. J’ai prié en français »21.

13Plus loin, dans le même article, elle nous dit :

« …j’écris d’abord en français […] Ma volonté, au contraire, essaye à tel point de corriger cet état de choses que je n’ai rien publié en français – sauf De Francesca à Beatrice – et que je vis en train de me traduire ou de me faire traduire par les autres sans arrêt »22.

14Ces idées seront reprises maintes fois dans ses écrits, dont son autobiographie. Elle évoque là l’importance des préceptrices dans son éducation. C’est d’abord Mademoiselle Guérin qui, pendant son séjour parisien, lui apprend l’alphabet23. Plus tard, en Argentine, sa formation est confiée à Mademoiselle Alexandrine Bonnemason. Pendant l’automne et l’hiver, les cours ont lieu le matin dans la maison des Ocampo, à Buenos Aires. Dès que les beaux jours arrivent, la famille de Victoria s’installe à San Isidro, dans la banlieue de Buenos Aires. Mademoiselle Bonnemason arrive alors par le train de 13 heures et les leçons ont lieu au moment de la sieste24. Victoria et sa sœur Angélica auront aussi une préceptrice anglaise, Miss Kate Ellis, plus sympathique mais dont les enseignements laissent moins de traces chez Victoria25. Dans un travail récent, Beatriz Sarlo a expliqué que, dans le cas de Victoria Ocampo, la langue étrangère n’était pas apprise mais « transmise », dans une sorte d’osmose, par les préceptrices26. Cela explique en partie l’attachement de l’écrivaine au français, qui reste pour elle sa langue naturelle.

15Par ailleurs, il faut noter chez Victoria et sa sœur une certaine absence des parents dans le rôle d’éducateurs. En effet, dès qu’on établit des rapports avec les cas d’autres filles appartenant comme Victoria à la bourgeoisie portègne (de Buenos Aires), on constate que le français et son univers ne remplacent pas de manière aussi abrupte l’univers hispanique. Citons le cas de María Rosa Oliver, née en 1898, parente et amie de la directrice de Sur, et qui fera partie du staff de la revue. Dans ses mémoires, María Rosa Oliver raconte que c’est sa mère qui lui apprend l’alphabet (il s’agit donc d’un apprentissage en langue espagnole27). Son père choisit comme morceaux de lecture des extraits du Martín Fierro, du Quichotte, du Lazarille de Tormes ainsi que des extraits de Shakespeare28. Il y a donc chez María Rosa Oliver une appropriation plus spontanée et naturelle de la langue et la littérature hispaniques.

16Dans le cas de Victoria, il y a un troisième élément dont il faut tenir compte : une question de bon goût. L’espagnol d’Espagne n’est pas à ses yeux une langue élégante. Elle choisit son lexique, évite les adjectifs bello ou hermoso, leur préfère – comme d’autres membres de la bourgeoisie portègne – lindo, qui lui semble moins péninsulaire29. Il y a là aussi l’arrière-goût d’une attitude politique de rejet pour tout ce qui vient de la métropole.

17Tous ces éléments vont nourrir l’attachement de Victoria Ocampo à la langue française qui va devenir sa langue à elle. Mais cette langue française est aussi une langue très rioplatense, car elle est associée plus qu’aucune autre aux souvenirs d’enfance30. Cela explique aussi le poids de la littérature française dans ses lectures d’enfance, car cette littérature française est perçue par Victoria comme la littérature de son Río de la Plata à elle.

18Puisque l’écrivaine parle dans son autobiographie de tout ce qui est réception, nous allons nous intéresser d’abord à ce qui est lié à la littérature par l’intermédiaire de l’oral. En effet, la dame de San Isidro témoigne de l’importance de la chanson parmi ses premiers apprentissages. Elle fait d’abord référence aux chansons patriotiques (la « Marseillaise » et l’hymne national argentin31), puis aux chansons populaires : « Arrorró mi niño » (berceuse très répandue en Argentine), « Il pleut, il pleut, bergère » et « Le Roi Dagobert »32. Elle s’intéresse de manière plus détaillée à « La visite impériale » de Vincent Hyspa, l’une de ses chansons préférées33. La chanson anglaise est aussi présente dans les nursery rhymes qu’elle apprend de Miss Ellis34. Une référence est faite aux prières, que nous pouvons aussi inclure dans cet ensemble de textes appris oralement : « Notre Père » et « Ave Maria »35. Ces deux prières doivent être prononcées avant chaque séance de travail avec Mademoiselle Bonnemason, ce qui nous permet de comprendre que l’univers religieux est aussi très imprégné de culture française. Néanmoins, dans ce courant de textes appris par l’intermédiaire de l’oral, il faudrait aussi situer les cris des marchands ambulants. Victoria en parle surtout dans « Palabras francesas ». Son regard rêveur d’enfant part au-delà des fenêtres grandes ouvertes, dans ce territoire où les voix des colporteurs scandent des phrases en langue espagnole qui restent à jamais dans sa mémoire36.

19Il me semble intéressant de constater cette démarche autobiographique de Victoria Ocampo qui intègre dans la perception de sa formation linguistique et littéraire une palette d’exemples où s’entremêlent le populaire et le savant, l’autochtone et le lointain… C’est pourtant la langue française qui structure et met en place cette expérience du divers37.

20Pour ce qui est des lectures de Victoria, il faudra souvent rester dans une impression où l’oral alterne avec l’écrit. Citons le cas des vers de Racine et de Corneille : ce sont des récitations de Mademoiselle qui permettent à l’enfant de se familiariser avec ces auteurs classiques, ce qui peut créer des confusions. Pendant longtemps Victoria imaginait la couleur vermonlie, étrange couleur, provenant d’un vers de l’Athalie de Racine. Seule la lecture lui permet de comprendre par la suite : « Son ombre vers mon lit a paru se baisser… »38.

21D’une manière générale, nous pouvons dire que la littérature de langue française est la plus présente dans les lectures d’enfance de notre écrivaine. La Comtesse de Ségur et la Bibliothèque rose sont évoquées à plusieurs reprises : L’auberge de l’ange gardien39, Diloy le chemineau40, Comédies et proverbes41, Après la pluie, le beau temps42 et Les malheurs de Sophie43. Le souvenir de ces lectures est abordé avec tendresse ; il n’y a pas chez Victoria ce regard critique sur la Comtesse de Ségur et la Bibliothèque rose présent chez sa contemporaine (et collaboratrice de Sur) Marguerite Yourcenar44. Dans le cadre des cours avec Mademoiselle, outre les Morceaux choisis et La Morale Pratique45, Victoria Ocampo parle d’un livre qui l’a énormément séduite malgré l’absence d’illustrations : Les aventures de Télémaque de Fénélon46. Dans un registre plus « viril », on lui accorde la permission de lire Un capitaine de quinze ans de Jules Verne et Les aventures du capitaine Hatteras47. Ce dernier est l’un de ses livres favoris, seulement comparable à David Copperfield de Dickens, qui fait enfin entrer la littérature anglaise dans ses choix de lecture, et cela de manière très marquée48.

22Il serait important d’évoquer un auteur auquel Victoria, jeune enfant, accorde une place remarquable : il s’agit de La Fontaine, dont les fables sont évoquées à plusieurs reprises. D’abord, elle se souvient de « Le loup et l’agneau » dont elle cite deux vers : « Un agneau se désaltérait / dans le courant d’une onde pure »49, vers qui correspondent au début de l’exemple, juste après la morale, qu’elle ne retient pas. Les fables sont apprises avec Mademoiselle Bonnemason, mais elles ne l’ennuient pas, au contraire. L’une des punitions de la préceptrice consiste à tordre et abîmer la couverture cartonnée de La Fontaine, ce qui prouve l’amour de Victoria devait porter à ce livre de fables50. L’apprentissage par cœur des apologues ne lui inspire aucune paresse51, et constitue l’un des moments agréables pendant ces séances d’esclavage subies sous l’emprise de Mademoiselle52.

23Comme nous pouvons le constater, la littérature espagnole est absente dans l’énumération que je viens d’entreprendre. On compte une seule exception : le Quichotte de Cervantès dont il est fait mention à la page 67 de l’autobiographie, de manière quelque peu détournée. Pour mieux comprendre cette démarche il me semble capital de revenir à « Palabras francesas », texte écrit autour de 1931 alors que la rédaction de l’autobiographie commence en 1952, vingt ans plus tard.

24Dans « Palabras francesas » Victoria Ocampo exprime son rejet de la littérature espagnole :

« À vingt ans j’étais à tel point ignorante en ce qui concerne l’Espagne et d’un tel mépris, que des amis, le regrettant, ont essayé de corriger cette tendance. Ils ont fait l’effort de m’initier aux délices de la littérature castillane. Ils m’ont donné à lire les romans suivants : Doña Perfecta [1876, Benito Pérez Galdós], Doña Luz [1879, Juan Valera], El sombrero de tres picos [1874, Pedro Antonio de Alarcón]. J’ai eu du mal à les avaler »53.

25Ce n’est qu’en 1916, suite à un long dialogue avec José Ortega y Gasset, que Victoria comprend son erreur, mais elle l’avoue : il est déjà trop tard54. Je crois que Victoria Ocampo veut, d’une manière ou d’une autre, faire entrer la littérature espagnole dans ses souvenirs d’enfance écrits à partir de 1952, lorsqu’elle a déjà une longue expérience des rapports avec les intellectuels espagnols (Ortega y Gasset fait partie du Conseil de Sur jusqu’à sa mort en 1955, et Victoria a soutenu la République contre Franco55). La directrice de Sur fait donc appel au Quichotte, le roman espagnol par excellence. Mais c’est une anecdote personnelle (le mal qu’on fait à un cheval dans un terrain abandonné du quartier de Palermo à Buenos Aires) qui lui fait penser au Quichotte, dont elle cite l’épisode du jeune Andrés torturé par Juan Haldudo (ill. 156). Or, ce souvenir du roman cervantin est éveillé chez l’écrivaine par une illustration de Gustave Doré plutôt que par le texte même57 . Nous sommes donc toujours dans un terrain où c’est la culture française qui semble l’emporter.

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Épisode de Juan Haldudo dans le Quichotte, illustré par Gustave Doré (éd. Edoardo Perino, Rome, 1888)

26Il me paraît important de voir maintenant de quelle manière ces lectures d’enfance, cette perception de l’univers culturel en général, influencent l’éditrice et femme de lettres argentine. L’entreprise me semble trop vaste, aussi vais-je me limiter dans ce travail à l’analyse du premier numéro de Sur, où le projet de créer une revue, d’exercer une quelconque influence sur les réalités culturelles, est encore imprégné d’utopies.

27Il faudra évoquer d’abord la naissance du titre de Sur. L’idée de créer une revue littéraire vient de deux proches de Victoria Ocampo : Eduardo Mallea, journaliste à La Nación de Buenos Aires, et l’écrivain américain Waldo Frank. Jules Supervielle et José Ortega y Gasset vont aussi s’impliquer dans ce projet58. C’est justement le philosophe espagnol qui propose le titre de Sur. Par la suite, Victoria imagine le logo, qui sera une flèche désignant le sud59. Il me semble intéressant de constater à quel point le choix de ce titre est significatif, d’une part, de l’ouverture de Madame Ocampo qui, malgré son rejet de la langue et de la littérature espagnoles, accepte une proposition venant du madrilène Ortega et, d’autre part, de ce besoin de rupture avec son passé aux goûts européens et surtout francisés, car Sur désigne clairement cet autre hémisphère dans lequel Victoria veut se reconnaître60.

28Le premier numéro de la revue, paru à Buenos Aires à l’été 1931, indique les noms des membres des deux conseils : le Conseil étranger et le Conseil de rédaction. Dans le premier, nous observons la présence de huit membres : Ernest Ansermet, Pierre Drieu La Rochelle, Leo Ferrero, Waldo Frank, Pedro Henríquez Ureña, Alfonso Reyes, Jules Supervielle et José Ortega y Gasset. Dans le Conseil de rédaction on trouve sept membres (nous pouvons considérer que Victoria Ocampo serait le huitième) : Jorge Luis Borges, Eduardo J. Bullrich, Oliverio Girondo, Alfredo González Caraño, Eduardo Mallea, María Rosa Oliver et Guillermo de Torre61.

29Un examen rapide de la composition du Conseil étranger permet de voir un représentant de l’Amérique du Nord (Waldo Frank), deux représentants non argentins de l’Amérique Latine (Pedro Henríquez Ureña – dominicain – et Alfonso Reyes – mexicain) et cinq Européens (Ernest Ansermet – suisse – Leo Ferrero – italien – José Ortega y Gasset – espagnol – ainsi que Jules Supervielle et Pierre Drieu La Rochelle – tous les deux français). Dans trois cas, nous avons des étrangers très proches du Río de la Plata : Pedro Henríquez Ureña habite à Buenos Aires, Alfonso Reyes a été ambassadeur en Argentine et Jules Supervielle, né à Montevideo, fait de longs séjours en Uruguay.

30Pour ce qui est du Conseil de Rédaction, mis à part Guillermo de Torre (né en Espagne, mais résidant à Buenos Aires), les membres sont argentins. Parmi eux, la seule femme du staff : María Rosa Oliver, qui va adhérer plus tard au parti communiste.

31Les membres des deux conseils appartiennent plus ou moins à la même génération, étant tous nés entre 1880 et 1905. Nous pouvons constater dans le choix des membres étrangers un penchant pour l’Europe et une certaine préférence pour ceux qui représentent la culture de langue française : Ansermet, Drieu et Supervielle.

32L’examen de la table des matières montre deux types de collaboration : des articles et des notes. Parmi les auteurs des articles, qui constituent la partie la plus dense de la revue, on observe un éventail qui reflète un peu les proportions présentes dans les conseils. Il y a des textes de Victoria Ocampo, Waldo Frank, Drieu La Rochelle, Alfonso Reyes, Jules Supervielle, Eugenio D’Ors, Ernest Ansermet, Jorge Luis Borges et Walter Gropius. La présence de l’Europe est évidente, et surtout de l’Europe de langue française. En revanche, nous constatons l’absence de représentants de la culture anglaise parmi les membres du Conseil étranger, ainsi que parmi les collaborateurs de ce premier numéro. Certainement Borges est, selon Ibarra, « un homme de lettres européen qui serait à sa place à Londres »62, et l’Angleterre sera présente dans les numéros successifs de Sur, mais cette absence me semble un détail à retenir. Il n’y a pas chez Victoria de volonté d’inclure dans ce premier numéro la littérature anglaise alors que le français lui semble, à mon avis, capital. On commence à voir se dessiner par ailleurs un lien, qui sera fructueux, avec des collaborateurs de la Nouvelle Revue Française (Drieu et Supervielle), qui a été, sans aucun doute, le modèle littéraire de Sur63.

33Parmi les textes inclus dans ce numéro 1 de Sur, j’aimerais m’arrêter sur les lettres de Ricardo Güiraldes, l’auteur de Don Segundo Sombra décédé en 1927. Une brève introduction indique la dette envers Güiraldes qui aurait pu intégrer le staff de Sur64. Suivent, mises en valeur parmi d’autres, deux lettres de Güiraldes à Valéry Larbaud. La valeur symbolique de cet échange épistolaire me semble essentielle car Sur s’inscrit par là dans une démarche initiée par ces deux auteurs, démarche et échange qui créent des regards croisés entre la France et le Río de la Plata.

34L’histoire de Sur vient de commencer ; elle sera complexe et nuancée, elle sera longue (quarante cinq ans), mais je crois ne pas me tromper si je dis que ce premier numéro traduit les goûts personnels de Victoria Ocampo, son attachement à la littérature de langue française reflétant ses lectures d’enfance et, en même temps, une vocation contradictoire de rompre avec ses préférences pour laisser pointer un projet ouvert.

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Notes

1 Lettre citée par Murat L., Passage de l’Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres, Paris, Gallimard, 2005, p. 134.

2 Voir à ce propos quelques remarques extrêmement intéressantes de Sarlo B. dans son livre La máquina cultural. Maestras, traductores y vanguardistas, La Habana, Casa de las Américas, 2000, p. 93.

3 Sur les liens entre V. Ocampo et Rabindranath Tagore voir Ayerza de Castillo L. et Felgine O., Victoria Ocampo, Préambule de Sábato E., Paris, Criterion, 1991, p. 72-81 et passim. De manière générale, sur V. Ocampo et l’Orient voir Gasquet A., « Victoria Ocampo y Radindranath Tagore : del espiritualismo exótico al pacifismo militante », Meunier P. (éd.), De l’Espagne Orientale aux représentations ibériques et ibéroaméricaines de l’exotisme, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2010, p. 249-255.

4 Voir Ayerza L. et Felgine O., Victoria Ocampo…, p. 211-216. Sur les liens entre V.O. et les deux hommes de lettres françaises, voir Ibid., passim. Consulter aussi les deux correspondances : Pierre Drieu la Rochelle / Victoria Ocampo. Lettres d’un amour défunt. Correspondance 1929-1944 ; Édition établie par Hervier J., Paris, Bartillat/Sur, 2009  ; Correspondance 1939-1978. Roger Caillois, Victoria Ocampo, Lettres rassemblées et présentées par Felgine O., Paris, Stock, 1997.

5 Nouvelle Revue Française, N° 223, avril 1932, p. 779. Il reprend là des mots de V.O. dans un article intitulé « Palabras francesas », publié dans le N° 3 de Sur (invierno 1931, p. 7-25).

6 Borges J. L., Livre de préfaces suivi de Essai d’autobiographie [1974], Paris, Gallimard, 2001, p. 11.

7 Cané M., Juvenilia [1884] y otras páginas argentinas, Introducción de Ludmer J., Buenos Aires, Espasa-Calpe, 1993, p. 54, 57-59, 72.

8 Ocampo V., « Lectures d’enfance », Lettres Françaises, 14, 1944, p. 1-8 ; p. 8.

9 Ayerza L. et Felgine O. notent l’absence de toute référence à la littérature africaine (Victoria Ocampo, p. 285).

10 Voir Ibid., p. 183 et suivantes. Dans l’hommage de Roger Caillois publié dans un numéro de Sur, celui-ci dit de V.O. qu’il s’agit de l’un « des êtres auxquels je dois [le] plus » (Ibid., p. 319). La réciproque est aussi vraie.

11 Voir de manière générale, outre les diverses correspondances, le livre Ayerza L. et Felgine O., Victoria Ocampo, passim, ainsi que Murat L., Passage de l’Odéon, p. 132-134, 282-283.

12 Sur, 3, 1931, p. 7-25. Ce texte a aussi été publié par Schultz de Mantovani F. dans Victoria Ocampo, Buenos Aires, Ediciones Culturales Argentinas, 1979, p. 69-75. On le trouve aussi sur le net dans la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes.

13 Texte qu’on peut aussi consulter dans Schultz de Mantovani F., Victoria Ocampo, p. 99-102.

14 Lettres Françaises, 14, 1944, p. 1-8.

15 Ocampo V., Autobiografía, I, El Archipiélago, Buenos Aires, Sur, 1982.

16 Par rapport à elle, qui a été emprisonnée en 1953, et par rapport à Sur. Voir Ayerza L. et Felgine O., Victoria Ocampo, p. 265-273. Sur le poids du contexte lors de la rédaction de cette autobiographie et sur la structure de ce premier volume, voir Molloy S., « Dos proyectos de vida : Cuadernos de infancia de Norah Lange y El archipiélago de Victoria Ocampo », Filología, XX, 2, 1985, p. 279-293, plus précisément p. 290-291.

17 « Utilizaré notas escritas hace treinta años » (Ocampo V., Autobiografía, I, p. 71).

18 « …mis primeros recuerdos emergen en mi memoria consciente como un archipiélago caprichoso en un océano de olvido… » (Ibid., p. 65) ; « Mi yo consciente no ha elegido la serie de recuerdos que voy a narrar » (Ibid., p. 71).

19 Schultz de Mantovani F., Victoria Ocampo, p. 20. C’est nous qui traduisons.

20 Il faudrait noter que le N° 1 de cette revue publie un texte de Victoria intitulé « Carta a Waldo Frank » où elle se définit comme Américaine dans le sens large du terme (Sur, I, 1931, p. 17). Il y a aussi dans ce numéro une note intitulée « La aventura del mueble », ce qui me semble d’une extraordinaire modernité dans une revue littéraire. Dans cette note, Victoria s’intéresse surtout à Le Corbusier. Elle est déjà en train de montrer la voie plurielle de Sur –dans tous les sens du terme-.

21 Je cite d’après Schultz de Mantovani F., Victoria Ocampo, p. 69-70. C’est nous qui traduisons.

22 Ibid., p. 70. C’est nous qui traduisons.

23 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 82-83.

24 Ibid., p. 102, 125.

25 Ibid., p. 110, 112.

26 Sarlo B., La máquina cultural..., p. 93.

27 Oliver M. R., Mundo ,mi casa, Buenos Aires, Ediciones de la Flor, 1995, p. 110. La première édition de ce livre parut en 1965 chez Falbo Librero Editor à Buenos Aires.

28 Ibid., p. 110, 163.

29 Ocampo V., « Palabras francesas », p. 73. Cela correspond à un certain éloge de la simplicité propre à l’oligarchie argentine: on préfère le négligé à une langue trop académique, le lexique local (c’est-à-dire un espagnol plus archaïque) à la langue péninsulaire plus récente.

30 Voir à ce propos Ibid., p. 70-71.

31 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 8.

32 Ibid., p. 8, 86.

33 Vincent Hyspa (1865-1938) était un chansonnier français lié à la vie de Montmartre. Sur « La visite impériale » voir Botrel T., Les souvenirs d’un barde errant, Paris, Librairie Bloud et Gay, p. 98. Ocampo V. consacre plusieurs lignes au souvenir de cette chanson (Autobiografía, I, p. 86).

34 Ibid., p. 112.

35 Ibid.p. 103.

36 Ocampo V., « Palabras francesas », p. 71. La sensibilité particulière de Victoria pour tout ce qui concerne la réalité culturelle de la rue a sûrement une dette envers ses lectures de Tagore, très attentif au folklore. L’auteur indien, tout comme Victoria, nous parle des cris de rue des glaciers et des vendeurs de fleurs dans le Calcutta de son enfance (Tagore R., Souvenirs d’enfance, Traduit du bengali par Bossenec C. et Datta R., Paris, Gallimard, 2001, p. 41-42).

37 « Paroles françaises, alors et toujours […] mélangées à l’odeur du goudron, de la laine, au bruit des tondeuses, aux cris des ouvriers agricoles… » (Ocampo V., « Palabras francesas », p. 71). C’est nous qui traduisons.

38 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 106. Il s’agit du songe d’Athalie (Athalie, Acte II, scène 5). Voir aussi l’article « Racine et Mademoiselle » paru dans le N° 1 de Lettres françaises (juillet 1941) et dans Ocampo V., Testimonios, Segunda serie, Buenos Aires, Sur, 1941.

39 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 85, p. 144.

40 Ibid., p. 104.

41 Ibid., p. 175.

42 Ibid., p. 177.

43 Ocampo V., « Palabras francesas », p. 70.

44 « J’ai toujours détesté les livres de la comtesse de Ségur […], la ‘Bibliothèque rose’ me donne encore mal au cœur quand j’en vois un exemplaire… » (cité par Martine Reid dans Ségur C. de, Ourson, Édition établie et présentée par Reid M., Paris, Gallimard, 2010, p. 10-11). María Rosa Oliver, l’amie de Victoria, née en 1898 à Buenos Aires, évoque son apprentissage du français grâce à la lecture des romans de la Comtesse de Ségur, dont elle possédait la collection complète (Oliver M. R., Mundo, mi casa, p. 315, 326).

45 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 115-116.

46 Ocampo V., Autobiografía, I, p. 124-125. Elle consacre plusieurs paragraphes à ce texte.

47 Ibid., p. 116, 177 ; Ocampo V., « Palabras francesas », p. 70.

48 Id., Autobiografía, I, p. 177-178.

49 La Fontaine, Fables, p. 51 [Livre I, 10]. Le souvenir de V. Ocampo, Autobiografía, I, p. 106.

50 Ibid., p. 114-115.

51 Ibid., p. 116.

52 « L’esclavage s’appelle Alexandrine Bonnemasson » (Ibid., p. 102). C’est nous qui traduisons.

53 Ocampo V., « Palabras francesas », p. 73. C’est nous qui traduisons. Pour ce qui est de la poésie de Rubén Darío –qui est nicaraguayen-, elle trouve qu’il s’agit d’une parodie de celle de Verlaine (Ibid., p. 72).

54 Ibid., p. 73-74.

55 Voir Ayerza L. et Felgine O., Victoria Ocampo, p. 179 et passim.

56 Voir site (consulté le 9 avril 2015) https://www.h-net.org/~cervant/doreeng2.htm

57 Ocampo V., Autobiografía,I, p. 67-68. L’épisode se trouve au chapitre IV de la première partie du Quichotte, intitulé « De ce qui advint à notre chevalier quand il sortit de la taverne » (Cervantes M. de, Don Quichotte, Présentation de Canavaggio J., Traduction de Oudin C. revue par Cassou J., Paris, Gallimard, 1996, I, p. 87-94.

58 Voir Ayerza L. et Felgine O., Victoria Ocampo, p. 122-132.

59 Ibid., p. 135-136.

60 Sarlo B. a parlé de la biographie de Victoria Ocampo comme une rupture lente, laborieuse et pas tout à fait complète avec le chic et les valeurs de sa classe sociale d’appartenance (La máquina cultural, p. 77). Sur fait partie de ce projet et en montre les limites.

61 Sur, I, verano 1931.

62 La citation me semble intéressante : « Borges est un homme de lettres européennes qui serait à sa place à Londres, à Paris aussi ou du moins, plus largement, à la N.R.F. » (Ibarra, « Jorge Luis Borges », Lettres françaises, 14, octobre 1944, p. 9).

63 Voir, pour une synthèse sur la question, Melis A., « La lucha en el frente cultural », Sosnowski S. (éd.), Lectura crítica de la literatura americana : la formación de las culturas, Caracas, Biblioteca Ayacucho, 1996, p. 650.

64 Sur, I, verano 1931, p. 101.

Pour citer ce document

Fernando COPELLO, «Lectures d’enfance de Victoria Ocampo : entre Cervantès et La Fontaine», Publije, revue de critique litteraire [En ligne], IN VIVO, 4. Vivre, lire, jouer, Analyses, mis à jour le : 28/06/2016, URL : http://publije.univ-lemans.fr/publije/index.php?id=413.

Quelques mots à propos de :  Fernando COPELLO

Labo 3L.AM, Université du Maine-Le Mans